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Zellige en salle de bain : irrégulier par nature

Aucun carreau de zellige ne ressemble tout à fait à son voisin : formé, émaillé et cuit à la main, il porte dans sa teinte, ses bords et son épaisseur la trace de chaque geste. C'est ce qui fait vibrer un mur, et ce qui déroute ceux qui attendaient un carrelage régulier. Encore faut-il savoir le choisir, le mélanger et le poser.

Tables habillées de zellige bleu, blanc et vert, posées en extérieur

Visuel d'illustration.

Une terre cuite émaillée à la main

Le zellige vient de la tradition marocaine. L'argile est façonnée en carreaux, séchée à l'air, cuite une première fois, puis émaillée à la main et cuite de nouveau. Traditionnellement, les pièces sont ensuite taillées une à une au marteau pour composer des motifs ; en salle de bain, on l'emploie surtout en petits carreaux carrés ou rectangulaires, dont les chants sont souvent légèrement biseautés vers l'arrière. Ce biseau permet de rapprocher les faces émaillées en laissant derrière un espace pour le mortier.

Sous l'émail, le corps du carreau, que l'on appelle le biscuit, reste une terre cuite poreuse. L'émail, une couche vitrifiée colorée par des oxydes métalliques, protège la face visible, mais il s'interrompt sur les bords et présente souvent de minuscules piqûres ou de fines craquelures. On trouve aussi des carreaux d'aspect zellige fabriqués industriellement : réguliers, calibrés, plus simples à poser et à entretenir, ils imitent l'ondulation de surface sans en avoir la profondeur ni les écarts de teinte.

Nuances et irrégularités

Un lot de zellige varie sur tous les plans. La teinte change d'un carreau à l'autre et d'une fournée à l'autre, plus nettement sur les couleurs profondes que sur les blancs. L'épaisseur n'est pas constante, les bords ne sont pas parfaitement droits, les angles peuvent être écornés, la surface ondule légèrement et l'émail s'accumule parfois en bourrelet sur un côté. Ces écarts ne sont pas des défauts de fabrication : ils sont la matière même du zellige.

Il faut pourtant les accepter en connaissance de cause, avant la commande. Regardez plusieurs carreaux de la production réelle, pas un échantillon trié, et imaginez-les sur toute une surface. Sous une lumière rasante, chaque ondulation accroche un reflet ; sous une lumière de face, le mur paraît plus calme. Les teintes sombres et très brillantes accentuent les écarts, les blancs cassés et les tons doux les fondent. Si l'irrégularité vous gêne sur un échantillon, elle vous gênera davantage sur un mur entier.

Mélanger les cartons

Les carreaux arrivent en cartons, et chaque carton reflète un moment de la production : une fournée plus claire, un émail plus épais. Poser les carreaux carton après carton dessinerait des bandes ou des plaques de couleur sur le mur. La règle est donc de mélanger : on ouvre plusieurs cartons à la fois et l'on pioche dans chacun, pour répartir les nuances au hasard. Pour une grande surface, on commande tout en une fois, si possible d'une même production.

Une présentation à sec, sur le sol ou sur un panneau, avant la pose, permet de juger l'équilibre des teintes et d'écarter les pièces trop atypiques ou trop abîmées, que l'on garde pour les coupes. La commande prévoit une marge pour ces coupes, les casses et une réserve, car un réassort ultérieur aura une autre nuance. La méthode de tri, dans l'ordre :

  • Ouvrir plusieurs cartons et piocher dans chacun
  • Présenter une surface à sec avant de coller
  • Réserver les pièces écornées aux coupes et aux bords
  • Envoyer les teintes trop éloignées vers les zones peu visibles
  • Garder une réserve de la même production, au sec

Pose et épaisseurs variables

Le zellige se pose sur un support plan et sain, car ses propres irrégularités suffisent : un mur bossu les multiplierait. On choisit une colle adaptée aux terres cuites, que l'on applique sur le mur et sur l'envers de chaque carreau, pour que chaque pièce soit pleinement appuyée malgré son dos irrégulier. Les différences d'épaisseur se rattrapent dans la colle, carreau par carreau ; on aligne les faces à l'œil sur le plan général du mur, sans chercher une planéité parfaite qui n'existe pas.

La pose part d'un trait de référence, horizontal et vertical, tracé au laser, pour que les rangs restent droits malgré les écarts des pièces. Les coupes se font à la scie à eau, avec une lame diamantée fine, en avançant doucement pour ne pas faire éclater l'émail ; les arêtes coupées, moins nettes, se placent dans les angles rentrants ou sous un profilé. Les angles sortants reçoivent une coupe d'onglet soignée ou un profilé de finition discret. Autour de la robinetterie, chaque découpe se prépare avant de coller.

Joints serrés ou ouverts

Le joint serré, presque bord à bord, est le plus fidèle à la tradition : il donne une surface continue où les carreaux se fondent en un seul miroitement. Il suppose des chants biseautés et un mortier de joint très fin, capable de pénétrer dans un interstice étroit et irrégulier. Le joint plus ouvert, de quelques millimètres, dessine un quadrillage plus graphique ; il pardonne mieux les écarts de taille et facilite la pose, au prix d'une surface de joint plus grande à entretenir.

La couleur du joint change tout. Proche de l'émail, il unifie le mur et laisse jouer les nuances ; contrasté, il souligne chaque irrégularité, ce qui peut être l'effet recherché. Faites un essai sur quelques carreaux collés sur une planche avant de décider. Sur les bords poreux, une protection appliquée avant le jointoiement évite que le mortier ne teinte la terre cuite ; on nettoie ensuite les résidus sans attendre, avec une éponge à peine humide, car ils s'accrochent vite aux piqûres de l'émail.

Entretenir l'émail des carreaux

L'émail est la partie la plus résistante du carreau : il ne craint ni l'eau ni la vapeur. L'entretien vise surtout ce qui l'entoure et ce qui se loge dans son relief. Un savon neutre, une éponge douce et un rinçage suffisent ; une microfibre passée après la douche limite les traces de calcaire dans les creux. Les crèmes à récurer et les tampons abrasifs rayent l'émail et émoussent ses arêtes, qui perdent leur éclat : ils n'ont pas leur place sur un zellige.

Les acides demandent de la prudence : ils attaquent les joints à base de ciment, et certains émaux artisanaux supportent mal les produits forts. Testez tout nouveau nettoyant sur un carreau de réserve. Un éclat d'émail met à nu le biscuit, qui boit l'eau et se tache : dans une zone exposée, on remplace le carreau, en dégageant ses joints avec soin pour épargner les voisins. D'où l'intérêt de garder quelques carreaux du même lot, avec la référence de la teinte du joint.

Questions fréquentes

Des carreaux écornés dans les cartons, est-ce normal ?

Dans une certaine mesure, oui : quelques angles ébréchés et des bords irréguliers font partie du produit, et ces pièces servent aux coupes ou aux bords. Un carton qui contient beaucoup de carreaux cassés signale en revanche un problème de transport : vérifiez les cartons à la livraison et signalez-le aussitôt au vendeur.

Zellige fait main ou carreau d'aspect zellige : comment choisir ?

Tout dépend de ce que vous attendez. Le zellige fait main offre des écarts de teinte et de relief que l'imitation ne reproduit pas, mais il demande une pose plus longue et l'acceptation de ses irrégularités. Le carreau industriel, régulier et calibré, se pose et s'entretient plus simplement. Comparez-les côte à côte, collés sur un panneau, sous la lumière de la pièce.

Un zellige blanc reste-t-il vraiment irrégulier ?

Oui, mais ses écarts se lisent autrement. Sur un blanc, les variations de teinte sont plus douces, et c'est surtout le relief de l'émail qui accroche la lumière. Le mur garde sa vibration, avec un effet plus calme qu'un vert profond ou un bleu nuit, où chaque nuance ressort nettement.