Un sol d'époque à garder
Les sols en granito, coulés sur place ou posés en carreaux, se sont répandus dans les entrées, les cuisines et les salles de bain des maisons et des immeubles anciens, parce qu'ils étaient durs, lavables et décoratifs. Ils portent souvent des bordures, des motifs, des baguettes de laiton qui dessinent des panneaux. Ces décors se refont difficilement à l'identique aujourd'hui : un sol d'origine abîmé a donc plus de valeur qu'il n'y paraît, et sa rénovation demande bien moins de démolition qu'un remplacement.
L'aspect trompe. Sous la crasse, la cire accumulée ou un vieux revêtement collé, un granito paraît gris, terne, parfois perdu. Un essai de nettoyage sur une zone cachée, puis un léger ponçage d'un coin, révèlent en général des éclats intacts sous la surface fatiguée. La décision de garder ou non se prend donc après ce test, jamais sur la première impression, et en tenant compte du projet : une salle de bain refaite autour d'un sol ancien se dessine différemment.
Diagnostiquer l'état réel
Le diagnostic commence par ce qui recouvre le sol. Cires, vernis, colles de moquette ou de lino se retirent avant tout jugement. Attention aux colles noires et à certains anciens revêtements de sol : ils peuvent contenir de l'amiante, et dans un bâtiment ancien un repérage de l'amiante avant travaux est à prévoir avant de poncer ou de gratter. Le sol dégagé, on l'examine en lumière rasante, puis on le sonde au maillet, zone par zone, pour entendre ce qui sonne creux.
Il faut aussi connaître ce qui se trouve dessous et ce qui reste à user. L'épaisseur de la couche d'éclats se lit sur un seuil, un bord ou une ancienne découpe : elle dit combien de ponçages le sol peut encore supporter. Les fissures se classent selon leur tracé, et l'on cherche la trace des anciennes canalisations. On consigne :
- Les zones creuses et les carreaux décollés
- Les fissures fines et celles qui décalent leurs deux bords
- Les manques, les éclats et les reprises au ciment gris
- Les taches de rouille, souvent près d'anciens tuyaux ou radiateurs
- Les traces d'humidité venues du support
Réparer fissures et manques
On stabilise avant de reboucher. Une zone creuse se recolle : pour un carreau, on le dépose et on le repose sur un mortier neuf ; pour un sol coulé, on peut injecter une résine dans le vide par de petits perçages, rebouchés ensuite. Les baguettes de laiton décollées se refixent. Une fissure qui traverse et décale ses bords révèle un support qui bouge : on règle d'abord cette cause, plancher fléchi, chape affaissée ou ancienne fuite, faute de quoi la réparation se rouvrira.
Les fissures stables et les manques se comblent avec un mélange reconstitué : un liant teinté à la couleur d'origine, chargé d'éclats triés par couleur et par taille pour ressembler aux grains voisins. On en récupère parfois sur le sol lui-même, dans une zone qui disparaîtra sous un meuble ou une baignoire. Un carreau perdu se remplace par un carreau de récupération, ou par un carreau prélevé dans un endroit caché, lui-même remplacé par une pièce moins assortie. Le ponçage fond ensuite ces reprises dans l'ensemble.
Poncer et polir
Le ponçage se fait à l'eau, à la machine, avec des disques diamantés de grain décroissant. La première passe retire la surface usée, égalise les carreaux qui débordent et fait réapparaître les éclats ; c'est elle qui demande le plus de métier, car elle fixe l'épaisseur enlevée. Entre deux passes, on pratique le bouche-porage : une pâte de liant teinté, étalée sur toute la surface, remplit les petites cavités révélées par le ponçage, puis disparaît sous la passe suivante.
Les passes suivantes, de plus en plus fines, referment la surface jusqu'à l'aspect voulu. Dans une salle de bain, un fini satiné garde l'éclat des grains et accroche mieux pieds mouillés qu'un poli miroir. Les bords, les angles et le pourtour des huisseries se reprennent avec une machine portative. Le chantier est humide : sols voisins protégés, seuils fermés par un bourrelet, boue aspirée et jamais déversée dans les évacuations, où elle durcirait. Ce travail revient à un spécialiste des sols.
Protéger la surface
Une fois le sol sec, ce qui peut demander un certain temps après un ponçage à l'eau, on applique une imprégnation : un produit qui pénètre dans le liant et les grains pour limiter l'entrée de l'eau, des graisses et des taches, sans former de couche en surface. Les vitrificateurs et les cires épaisses, qui créent une pellicule, se rayent, s'usent dans les passages et jaunissent parfois ; ils compliquent aussi les rénovations futures, puisqu'il faudra les décaper.
L'entretien prolonge ce travail. Un savon neutre, une serpillière essorée et un balayage régulier, car le sable raye le poli, suffisent au quotidien. Les acides et les détartrants sont exclus : ils attaquent à la fois les éclats de marbre et le ciment. Si d'autres travaux suivent, le sol rénové se protège avec un revêtement respirant, carton ou feutre de protection, plutôt qu'avec un film plastique scotché, qui piège l'humidité et dont l'adhésif peut marquer la surface.
Faire passer les réseaux sans le casser
La salle de bain se dessine avec le sol, pas contre lui. On repère d'abord les canalisations existantes et le chemin le plus court vers la chute, puis l'on place les appareils qui évacuent le plus, WC, douche et baignoire, là où leurs écoulements rejoindront la chute sans traverser la pièce. Les alimentations, plus faciles à faire passer, cheminent dans les cloisons, les doublages, un coffrage en plinthe ou le plafond de l'étage inférieur.
Quand le sol doit être traversé, on choisit le point le moins visible et la technique la plus nette : un carottage, perçage circulaire à la couronne diamantée, pour une évacuation verticale, ou une découpe à la scie le long d'une baguette ou d'un rang de carreaux, dont les morceaux se gardent pour la repose. Les nouveaux réseaux sont éprouvés sous pression avant d'être refermés, car rouvrir un granito tout juste poli serait un gâchis. Tous ces travaux se font avant le ponçage final, qui efface les reprises.
Questions fréquentes
Les taches de rouille d'un vieux granito partent-elles au ponçage ?
Celles qui restent en surface, oui. Une rouille ancienne a souvent pénétré dans le liant et les grains : le ponçage l'atténue, un cataplasme adapté aux pierres calcaires peut la faire pâlir, mais il en reste parfois une ombre. Cherchez surtout sa source, souvent un ancien tuyau ou un pied de radiateur en fer, pour qu'elle ne revienne pas.
Garder un granito empêche-t-il de créer une douche de plain-pied ?
Non, mais la douche se crée rarement sur le granito lui-même, car le siphon et la pente imposent de creuser le sol. La solution la plus courante consiste à créer la douche dans une zone à part, étanchée et revêtue d'une autre matière, raccordée au granito par un profilé ou un joint souple. Un receveur extra-plat posé sur le sol en est une autre.
Pendant combien de temps le sol doit-il sécher avant sa protection ?
Le temps qu'il faut pour que l'eau du ponçage quitte le liant, ce qui varie avec l'épaisseur du sol, la saison et la ventilation. Un sol encore humide paraît plus foncé par endroits ; on attend que sa teinte soit redevenue uniforme, et l'on peut contrôler l'humidité à l'humidimètre avant d'appliquer l'imprégnation.

