Du bois au sol d'une pièce d'eau
Au sol d'une salle de bain, le parquet craint moins l'humidité de l'air, qu'une bonne ventilation maîtrise, que l'eau liquide : les gouttes à la sortie de la douche, le débordement d'une baignoire, la fuite discrète d'un raccord sous le meuble vasque, le tapis mouillé laissé au sol. L'eau s'infiltre par les joints entre les lames et par leurs bouts, gagne le dessous, et y reste. C'est ce séjour prolongé, invisible, qui fait gonfler et tacher un parquet.
Un parquet de salle de bain se pense donc avec la plomberie. Les raccords sous le plancher se limitent au strict nécessaire et restent accessibles, les vannes d'arrêt se placent à portée de main, et un WC suspendu, qui ne touche pas le sol, simplifie les finitions autour de la cuvette. Sur un plancher chauffant à eau, le parquet doit être compatible avec ce mode de chauffage, et les réglages suivent ses prescriptions.
Choisir l'essence et le parquet
L'essence se choisit pour sa stabilité et sa résistance à l'humidité : teck, iroko et autres bois denses et gras, chêne de cœur sans aubier, bois thermo-traités. Mais la construction des lames compte autant. Un parquet contrecollé, fait d'une couche d'usure en bois noble collée sur un support en contreplaqué ou en lattes croisées, bouge beaucoup moins qu'un massif. Des lames étroites travaillent moins que des lames larges, et un choix de bois sans aubier ni fente évite les points faibles.
Le parquet dit pont de bateau, en lames de teck séparées par un joint souple et sombre, a été conçu pour l'eau : il accepte les mouvements du bois et reste fermé en surface. Le stratifié, en revanche, n'est pas du bois : une image imprimée sur un panneau de fibres compressées, qui gonfle de façon définitive dès que l'eau atteint ses bords. Les versions annoncées pour pièces humides tiennent mieux, mais aucune ne pardonne une eau qui stagne.
Pose collée ou flottante
Dans une salle de bain, la pose collée en plein est en général préférée. Chaque lame est collée sur toute sa surface, avec une colle souple adaptée au bois, sur un support propre, plan et sec : l'eau ne peut pas circuler sous le parquet, les lames bougent moins et le sol ne sonne pas creux. La pose flottante, sur une sous-couche, est plus rapide, mais l'eau qui passe un joint s'étale dessous sans se voir et sèche très mal.
Le support se prépare avec soin : l'humidité d'une chape se mesure avant la pose, une dalle sur terre-plein reçoit une protection contre les remontées, et un ancien plancher se stabilise. Autour de la pièce, un jeu de dilatation laisse le parquet bouger ; dans une salle de bain, ce jeu ne reste pas ouvert sous la plinthe, il se ferme par un joint souple pour que l'eau n'y descende pas. Les points à vérifier :
- L'humidité du support, mesurée avant la pose
- La compatibilité de la colle avec l'essence et le support
- Le jeu périphérique, fermé par un joint souple
- L'accès aux vannes et aux raccords sous le meuble
- La compatibilité avec un éventuel plancher chauffant
Autour de la douche et de la baignoire
Le parquet s'arrête là où l'eau tombe. Dans la douche, et sur une bande à sa sortie, on pose une matière qui ne craint pas l'eau, pierre, grès cérame ou mosaïque, raccordée au parquet par un seuil ou un profilé et un joint souple. Une douche de plain-pied sans paroi envoie l'eau plus loin qu'on ne le pense : une paroi fixe, une pente bien formée et une bande minérale assez large protègent le bois voisin. L'étanchéité de la douche déborde sous la zone de transition.
Autour d'une baignoire, le risque vient des éclaboussures et d'un débordement. Un tablier étanche, un joint souple entre la baignoire et le sol et un tapis qui absorbe à la sortie limitent l'essentiel. Au pied d'un WC posé au sol, un joint souple ceinture la cuvette ; sous le meuble vasque, on contrôle les raccords et le siphon, dont une fuite lente abîme le parquet bien avant d'être visible. Chaque découpe de lame autour d'un tuyau se protège et se joint au mastic.
Finition et entretien
Un parquet vitrifié, recouvert d'un vernis dur, présente une surface fermée qui supporte bien les éclaboussures tant que le film reste intact ; une rayure ou un joint ouvert laisse l'eau passer dessous, et la reprise oblige à poncer. Vitrifié sur place, le vernis pénètre aussi entre les lames et ferme les joints, ce qui convient bien à une pièce d'eau. Un parquet huilé garde un toucher plus naturel et se répare localement, au prix d'un entretien plus fréquent.
Au quotidien, on balaie ou l'on aspire, puis l'on lave avec une serpillière à peine humide et un savon adapté au parquet, jamais à grande eau. Les gouttes et les flaques s'essuient tout de suite, surtout près des joints. Le tapis de bain sèche hors du sol, et l'on évite les tapis à dos caoutchouté qui gardent l'humidité. La finition se renouvelle là où elle s'use en premier, devant le lavabo et à la sortie de la douche, avant que le bois ne grise.
Les signes qui alertent
Un parquet prévient avant de s'abîmer, à condition de savoir le lire. Des lames qui tuilent, bords relevés et centre creusé, signalent une humidité venue de dessous ; des lames bombées, un excès d'eau absorbé par le dessus. Des taches grises ou noires, surtout sur le chêne, révèlent une eau qui stagne. Une finition qui blanchit, des joints qui s'ouvrent ou se serrent fortement d'une saison à l'autre, une odeur de moisi ou une lame qui s'enfonce sous le pied méritent un examen rapide.
Le premier réflexe consiste à chercher l'eau. Une tache qui grandit près du WC, de la baignoire ou du meuble vasque oriente vers une fuite, que le plombier localise et répare avant toute reprise du bois. On laisse ensuite le parquet sécher complètement, ce qui prend du temps, avant de juger s'il reprend sa forme ou s'il faut remplacer des lames. Quelques lames du même lot, gardées après la pose, rendent alors la réparation presque invisible. Lors de la visite, nous commençons par les raccords cachés.
Questions fréquentes
Le parquet supporte-t-il un plancher chauffant dans la salle de bain ?
Oui, avec un parquet compatible, le plus souvent contrecollé et collé en plein, dont le fabricant admet ce mode de chauffage et précise les réglages. La température de surface reste modérée, la mise en chauffe se fait progressivement, et l'humidité de la pièce se surveille pour que le bois ne sèche pas trop vite. Un plancher chauffant électrique relève d'un électricien.
Vitrifier un parquet ancien suffit-il pour une salle de bain ?
Pas à lui seul. Sur un parquet sain et bien fixé, un ponçage puis un vitrificateur adapté aux pièces humides, qui pénètre aussi entre les lames, ferment la surface. Mais la zone de douche, le tour de la baignoire et le pied des équipements demandent en plus une autre matière ou des joints souples, car le vernis ne retient pas une eau qui stagne.
Pose pont de bateau : à quoi servent les joints noirs ?
Ces joints souples, posés entre des lames de teck, absorbent les mouvements du bois et ferment la surface : l'eau ne descend pas entre les lames. Leur couleur sombre souligne le dessin du sol, à la manière d'un pont de navire. Ils se nettoient au savon doux et se refont localement s'ils se décollent ou se fendent.
