Le bois et l'eau
Le bois est hygroscopique : il échange en permanence de l'humidité avec l'air qui l'entoure. Il gonfle quand l'air est humide, se rétracte quand il sèche, et ce mouvement est bien plus marqué en largeur qu'en longueur. Dans une salle de bain, où l'humidité monte à chaque douche puis retombe, ces cycles font travailler les assemblages, ouvrent les joints, font tuiler les planches larges et fissurent les finitions rigides.
L'eau liquide pose un problème différent. Elle pénètre surtout par le bois de bout, la tranche où les fibres sont coupées, qui boit comme une paille, et par les découpes laissées brutes. Un bois mouillé qui sèche vite ne s'abîme guère ; un bois qui reste humide se tache, grise, puis peut être attaqué par des champignons. D'où trois leviers, toujours les mêmes : l'essence, la protection et le séchage, qui comptent chacun autant que les deux autres.
Les essences denses et grasses
Le teck reste la référence des bois exposés à l'eau, au point d'avoir longtemps servi aux ponts de bateaux. Dense et très stable, il contient des huiles naturelles et de la silice qui le protègent de l'humidité et des champignons. L'iroko, d'origine africaine, s'en approche par sa stabilité et sa durabilité, avec une teinte qui fonce à la lumière ; l'ipé, plus dur encore, convient aux caillebotis et aux usages très sollicités. Ces bois supportent les éclaboussures régulières mieux que la plupart des essences.
Leurs huiles ont un revers : elles gênent l'adhérence des colles et des vernis, d'où l'intérêt d'un dégraissage soigné avant collage, ou d'une finition à l'huile plutôt qu'un vernis. Leur poussière de ponçage peut irriter, et le travail demande des outils bien affûtés, que la silice du teck émousse vite. Il faut enfin s'assurer de leur provenance : demandez l'origine exacte du bois et les documents qui attestent d'une exploitation légale et d'une gestion durable de la forêt.
Le chêne et les bois locaux
Le chêne a sa place dans une salle de bain, à condition de bien le choisir. Seul son bois de cœur, le duramen, plus foncé, résiste à l'humidité ; l'aubier, la partie claire proche de l'écorce, pourrit vite et doit être exclu. Un débit sur quartier, qui coupe le tronc dans le sens des rayons, donne des planches plus stables, moins sujettes au tuilage. Le bois doit aussi avoir été correctement séché avant d'être travaillé, faute de quoi il bougera une fois en place.
Ses tanins réagissent au fer en présence d'eau : une vis en acier ordinaire, un objet métallique ou même une eau ferrugineuse dessinent des taches noires. Les fixations se choisissent donc en inox. D'autres bois de nos forêts conviennent selon l'emplacement : le châtaignier, tannique et durable, ou des essences plus rustiques comme le mélèze et le robinier. Le hêtre, le pin et le sapin, peu durables et sensibles aux variations d'humidité, se réservent aux zones sèches, loin de toute projection.
Le bois thermo-traité
Le bois thermo-traité, ou bois chauffé, est un bois ordinaire, frêne, pin ou peuplier par exemple, porté à très haute température dans une atmosphère pauvre en oxygène. Ce traitement modifie sa structure : il absorbe beaucoup moins l'eau, gonfle moins et résiste mieux aux champignons, sans aucun produit chimique ajouté. Il prend au passage une teinte brune, dans toute son épaisseur, qui rappelle certains bois exotiques et en fait une alternative appréciée à ces derniers.
Ce gain a une contrepartie : le bois devient plus cassant et moins résistant mécaniquement. On l'emploie donc en habillage, en lames de plafond, en caillebotis ou en étagères, plutôt que pour des pièces porteuses. Ses arêtes s'écornent plus facilement et se travaillent avec soin. Il dégage parfois une légère odeur de fumée les premières semaines, qui disparaît ensuite. Comme les autres bois, il gagne à recevoir une finition, surtout là où l'eau le touche souvent.
Huile, vernis, saturateur
L'huile pénètre dans les fibres et durcit à l'intérieur du bois, sans former de film. Elle garde un aspect naturel et un toucher chaleureux, et surtout elle se répare localement : une zone usée ou tachée se ponce légèrement et se ré-huile sans reprendre toute la surface. En contrepartie, elle demande un entretien régulier. Le vernis forme une pellicule plus étanche au départ, mais le bois continue de bouger dessous : une fissure, une rayure ou un choc ouvrent un passage à l'eau, qui grise le bois sous le film.
Le saturateur, plus fluide qu'une huile, imprègne le bois jusqu'à saturer ses pores ; il convient aux bois exotiques et aux caillebotis, et se renouvelle simplement. Quelle que soit la finition, une règle prime : toutes les faces sont traitées avant la pose, y compris l'envers, les chants et surtout les découpes de vasque, de bonde et de robinetterie, par où l'eau entre en premier. Les repères par usage :
- Plan vasque : huile dure, renouvelée selon l'usure
- Meuble et façades : huile ou vernis, loin des projections
- Caillebotis de douche : bois dense, saturateur ou huile
- Plafond et habillages : huile ou bois thermo-traité, ventilés par l'arrière
Ventilation et entretien
Le meilleur bois ne résiste pas à une pièce qui ne sèche jamais. La salle de bain doit évacuer la vapeur après chaque douche, par une extraction efficace et une entrée d'air, sous la porte par exemple ; l'alimentation électrique de l'extracteur revient à un électricien. Le bois se tient à distance des projections directes, ses pieds ne trempent pas dans l'eau du sol, et un léger jeu le sépare des murs carrelés pour que l'air circule derrière.
L'entretien suit la finition. Les gouttes s'essuient, surtout autour de la robinetterie, où l'eau stagne et laisse des auréoles. Le nettoyage se fait au savon doux, avec un chiffon essoré, jamais avec un produit acide ou abrasif. Une huile se renouvelle dès que l'eau ne perle plus ; un vernis qui se fendille se reprend avant que l'eau ne passe dessous. Un bois qui grisaille, se soulève ou noircit le long d'un joint signale une humidité persistante : on cherche sa cause avant de retoucher la surface.
Questions fréquentes
Un meuble en bambou tient-il dans une pièce humide ?
Le bambou n'est pas un bois mais une graminée ; ses panneaux sont faits de lamelles collées, dont la tenue à l'eau dépend de la colle et de la finition. Il convient à un meuble ou à un accessoire hors projection, bien protégé, moins à un plan vasque très exposé. Demandez la nature de la colle et la finition prévue pour une pièce humide.
Un bois exotique est-il indispensable près de l'eau ?
Non. Un chêne de cœur bien choisi, un châtaignier ou un bois thermo-traité tiennent très bien dans une salle de bain correctement ventilée, avec une finition entretenue et des découpes protégées. Les bois exotiques gardent l'avantage là où l'eau tombe souvent, comme un caillebotis de douche. Le bon choix dépend de l'emplacement exact de chaque pièce de bois.
Les fixations d'un meuble en chêne doivent-elles être en inox ?
C'est préférable dans une salle de bain. Au contact de l'humidité, les tanins du chêne réagissent avec le fer d'une vis ordinaire et dessinent des taches noires autour de chaque fixation, parfois jusqu'en surface. L'inox évite cette réaction ; la règle vaut aussi pour les charnières, les poignées et les supports de plan.

