Ce qui fait leur charme
Contrairement à la faïence, le carreau de ciment ne passe jamais au four : on le presse. Dans un moule à compartiments qui trace le dessin, on verse d'abord une couche colorée, mêlant ciment blanc, pigments et poudre de marbre, puis un mortier de fond, et la presse comprime le tout avant un lent durcissement. Le décor n'est donc pas une impression en surface : il occupe toute l'épaisseur de la couche d'usure, ce qui permet, dans une certaine mesure, de poncer un carreau terni sans effacer son dessin.
Dans les maisons anciennes, on les trouve dans les entrées, les cuisines, les couloirs, parfois dans un cabinet de toilette. À Yport, le bâti ancien est très présent : le recensement de 2023 situe 43,4 % des résidences principales avant 1919, d'après l'Insee. Lorsqu'une salle de bain se refait dans une villa de cette époque, les carreaux d'origine méritent qu'on les garde, sur place ou ailleurs dans la maison.
Faire l'état des carreaux
Avant toute décision, on examine le sol carreau par carreau. On le sonde en tapotant : un son creux signale un carreau décollé de son mortier, qu'il faudra déposer de toute façon. On repère les fissures, les éclats d'angle, les manques, les taches profondes d'huile ou de rouille, et l'usure de la couche colorée dans les passages. Une ancienne cire, une encaustique ou un vernis jauni peuvent aussi masquer des couleurs encore vives.
On compte ensuite ce qui est récupérable, en sachant qu'une partie des carreaux cassera à la dépose. Les motifs à frise ou à tapis, avec leurs bordures et leurs angles, sont les plus délicats : un manque s'y voit davantage. Des ateliers fabriquent encore des carreaux de ciment selon les procédés traditionnels et peuvent reproduire un motif, mais une teinte neuve ne vieillira jamais exactement comme les anciennes. C'est à ce stade qu'on décide où ils iront.
Déposer et numéroter
La dépose se fait à la main, au ciseau fin et au maillet, en attaquant le mortier par un carreau déjà cassé ou par une rive. On travaille lentement, en soulevant chaque pièce plutôt qu'en la faisant levier. Le dos du carreau se nettoie ensuite de son ancien mortier, sans entamer la couche de base : un talon resté épais empêcherait une repose à plat. Les carreaux se stockent à plat, au sec et à l'abri du gel.
Le numérotage évite de transformer un tapis en puzzle. Avant de toucher au sol, on le photographie en entier et par zones, puis on dessine un plan qui reporte chaque carreau, sa position et son orientation. Chaque pièce reçoit au dos un numéro qui renvoie à ce plan, et rien ne se dépose avant que ce repérage soit complet. Les étapes, dans l'ordre :
- photographier le sol entier, puis chaque zone, avec un repère d'échelle
- dessiner le plan de pose et numéroter les rangées
- marquer chaque carreau au dos, au crayon gras
- noter sur le plan les carreaux cassés à remplacer
- nettoyer le dos et ranger les carreaux à plat, dans l'ordre du plan
Reposer sur un support sain
Dans une salle de bain refaite, les carreaux de ciment reviennent sur un support neuf, plan et stable : chape, dalle ou plancher rigidifié. Sur un plancher bois qui fléchit, ils se fissurent aux joints puis dans la masse. Dans les zones exposées aux éclaboussures, une étanchéité sous carrelage protège le support. On réserve plutôt les anciens carreaux au sol de la pièce, devant la vasque ou la baignoire, et l'on évite le fond de douche, où l'eau et le savon stagnent.
La pose se fait à la colle, sur un support propre, en double encollage : colle sur le support et au dos du carreau, pour un contact plein. Avant les joints, les carreaux reçoivent une première imprégnation, sinon le mortier de joint, fin et de teinte choisie, s'incruste dans la surface poreuse. Les joints restent minces, comme à l'origine. On laisse ensuite sécher longuement avant toute protection définitive.
Imprégner et entretenir
Le nettoyage de restauration commence par retirer cires et vernis anciens avec un décapant adapté au ciment, jamais avec un acide. Un ponçage léger, réservé à un professionnel, peut raviver des couleurs ternies, dans la limite de l'épaisseur de la couche d'usure. Vient ensuite l'imprégnation hydrofuge et oléofuge, un produit qui pénètre sans former de film et empêche l'eau et les graisses de s'incruster.
Au quotidien, un savon noir dilué ou un nettoyant au pH neutre suffit, suivi d'un rinçage. L'eau de Javel ternit les pigments, les produits acides attaquent le ciment, et les crèmes abrasives rayent la surface. Une cire d'entretien peut nourrir la patine, à condition de ne pas créer de pellicule glissante dans une pièce d'eau. L'imprégnation se renouvelle dès que l'eau cesse de perler et commence à foncer le carreau.
Le calcaire de l'eau d'Yport
Le calcaire est l'ennemi discret des carreaux de ciment dans une salle de bain. Les analyses du contrôle sanitaire publiées de janvier 2025 à juillet 2026 situent l'eau de la commune autour de 24,6 °f en médiane, avec des mesures très variables, la plupart entre 16,9 et 27 °f. Les éclaboussures qui sèchent laissent un voile blanc, et la tentation est grande de l'enlever au vinaigre : c'est la pire solution, car l'acide dissout aussi le ciment.
Mieux vaut empêcher le dépôt : une raclette après la douche, un tapis de bain qui sèche ailleurs, une paroi qui retient les projections, et une imprégnation entretenue. Un voile installé s'enlève avec un nettoyant neutre et une brosse douce, en plusieurs fois s'il le faut. Dans une maison équipée d'un adoucisseur, les traces deviennent rares. Nous intervenons à Yport et dans les communes voisines, comme Criquebeuf-en-Caux, Saint-Léonard et Froberville.
Questions fréquentes
Un ponçage abîme-t-il le motif d'un carreau de ciment ancien ?
Pas si c'est fait avec mesure, par un professionnel équipé. Le motif occupe toute la couche colorée, ce qui autorise un ponçage léger pour raviver les couleurs ou effacer des taches superficielles. Un ponçage trop appuyé use cette couche et finit par faire apparaître le mortier gris du dessous : on teste toujours sur un carreau peu visible.
Que faire des carreaux impossibles à reposer dans la salle de bain ?
Les réemployer ailleurs : un seuil, une entrée, un dessus de meuble, une crédence protégée. Une rangée de carreaux d'origine en bordure d'un sol neuf garde la mémoire de la maison. Les pièces cassées servent de réserve pour les réparations futures, ou d'échantillons si l'on fait reproduire le motif par un atelier.
