Marbre et pierres Guide

Joints du marbre : largeur, couleur, ciment ou époxy

Sur un marbre, le joint occupe peu de surface mais beaucoup de regard. Trop large, il découpe la pierre en carreaux ; trop sombre, il dessine une grille ; mal choisi, il noircit, se fissure ou tache les bords. Sa nature se décide selon l'eau qu'il recevra, sa teinte selon la pierre, et sa largeur selon la précision des pièces.

Salle de bain avec meubles verts et douche habillée de marbre

Visuel d'illustration.

Le joint, partie de la pierre

Le joint remplit plusieurs fonctions à la fois. Il absorbe les petites différences de dimension entre les pièces, protège leurs arêtes des chocs et accompagne les légers mouvements du support et de la pierre, dus à la température ou à l'humidité. Il ferme aussi la surface, pour que l'eau et les salissures ne s'installent pas entre les pièces. Une pose bord à bord, sans joint, prive la pierre de cette marge : ses arêtes s'épaufrent, c'est-à-dire s'écaillent, à la première contrainte.

Visuellement, le joint fait partie du dessin. Sur un sol en grands formats polis, un joint fin et de la teinte du fond rend la surface presque continue. Sur un marbre vieilli aux arêtes arrondies, un joint plus large et légèrement creux souligne le caractère ancien. Sur une mosaïque, il occupe une telle part de la surface qu'il change la couleur perçue de l'ensemble. Le NF DTU 52.2, consacré à la pose collée des revêtements céramiques et assimilés et des pierres naturelles, sert de cadre au poseur.

Largeur et calibrage

La largeur d'un joint dépend d'abord de la régularité des pièces. Un marbre calibré, rectifié en épaisseur et aux dimensions précises, autorise des joints fins, car deux pièces voisines arrivent au même niveau et à la même cote. Une pierre non calibrée, des dalles anciennes ou des carreaux vieillis demandent des joints plus larges, qui absorbent leurs écarts. Le support compte aussi : sur un plancher chauffant ou un plancher bois, les joints suivent les prescriptions propres à ces supports.

Un joint fin exige une pose irréprochable. Le moindre désaffleur, ce petit écart de hauteur entre deux pièces voisines, se voit davantage quand le joint est étroit, surtout en lumière rasante. La largeur se fixe donc avant la pose, avec des croisillons ou des cales, et reste constante sur toute la surface : un joint qui s'élargit vers un mur trahit un départ mal calé. Les pièces très irrégulières, à l'inverse, perdent leur charme avec un joint forcé trop fin.

Choisir la couleur

La règle la plus sûre consiste à accorder le joint au fond de la pierre, et non à ses veines. Sur un marbre blanc, un joint blanc cassé ou gris très clair se fond dans la surface ; sur un marbre noir, un joint anthracite ou noir ; sur un travertin ou un marbre beige, un joint sable. Un joint plus foncé que le fond souligne chaque pièce et quadrille la surface ; un joint très clair au sol, lui, montre vite les salissures.

Un joint sèche toujours plus clair qu'il n'apparaît frais : jugez la teinte sur un essai sec, réalisé sur une chute de la pierre. Pour une couleur régulière, le mélange se fait par sachets entiers, avec la même quantité d'eau, car un excès d'eau éclaircit et fragilise le joint. Certaines pierres poreuses boivent le pigment du joint et prennent un liseré coloré : on les protège d'abord par une imprégnation, puis l'on jointoie.

Ciment ou époxy : où les utiliser

Le joint à base de ciment est le plus courant. Facile à poser et à reprendre, d'aspect mat, il convient aux murs, aux sols de pièce et aux zones peu mouillées. Il reste poreux : il absorbe l'eau et les salissures, craint les produits acides et peut noircir dans une douche mal ventilée. Une imprégnation, renouvelée selon l'usage, le protège. Pour un marbre poli, on choisit un mortier de joint fin, sans sable grossier, qui ne raie pas la surface au moment du nettoyage.

Le joint époxy, à base de résine et de durcisseur, est presque imperméable, résiste aux taches et aux produits ménagers, et ne noircit guère. Il se pose plus difficilement : il durcit vite, et ses résidus doivent être enlevés pendant le travail, sinon ils laissent un voile tenace, surtout sur une pierre poreuse ou adoucie. Un essai sur une chute s'impose, et la pose demande un poseur qui en a l'habitude. En pratique :

  • Murs hors de la douche et sols de pièce : joint ciment fin, imprégné
  • Murs de douche : joint ciment imprégné, ou joint époxy si l'eau y ruisselle chaque jour
  • Sol de douche et abords du siphon : joint époxy de préférence
  • Angles, jonctions et pourtour des pièces : mastic souple, jamais un joint rigide

Le mastic dans les angles

Partout où deux surfaces se rencontrent et bougent différemment, un joint rigide finit par se fissurer. Dans les angles rentrants entre deux murs, à la jonction du mur et du sol, autour d'une baignoire, d'un receveur ou d'un plan vasque, on remplace donc le joint par un mastic souple. Il en va de même pour les joints de fractionnement d'un sol et pour le joint périphérique, laissé contre les murs. Ce mastic se pose sur un fond propre et sec, lissé en un seul geste.

Avec le marbre, tous les mastics ne conviennent pas. Certains libèrent en durcissant un acide qui marque la pierre, d'autres contiennent des huiles qui migrent dans ses bords et y laissent un liseré gras. On choisit donc un mastic neutre, indiqué pour les pierres naturelles, dans une teinte accordée au joint voisin. Le mastic est un joint d'entretien : il vieillit plus vite que le reste et se remplace sans toucher à la pierre, une fois l'ancien soigneusement retiré.

Entretenir les joints

Les joints se salissent avant la pierre, parce qu'ils sont plus poreux et légèrement en creux. Un nettoyage régulier avec un produit neutre, une brosse souple passée le long des joints, puis un rinçage à l'eau claire suffisent la plupart du temps. Les produits acides sont doublement à proscrire : ils dissolvent le ciment du joint et attaquent le marbre voisin. Les poudres abrasives, elles, creusent les joints et rayent la pierre.

Une douche qui sèche vite garde des joints sains : raclette, ventilation efficace, paroi laissée ouverte après usage. Un joint ciment se protège par une imprégnation renouvelée ; un mastic noirci par les moisissures ne se nettoie pas en profondeur et se remplace. Quand un joint se creuse ou se fissure, on le gratte à l'outil de dégarnissage, en épargnant les arêtes de la pierre, puis l'on rejointoie. Un joint qui se dégrade vite signale souvent un support qui bouge ou une infiltration.

Questions fréquentes

Une pose sans joint est-elle possible avec du marbre calibré ?

Elle est déconseillée. Même calibrées, deux pièces posées bord contre bord n'ont aucune marge : au premier mouvement du support ou de la pierre, leurs arêtes s'écaillent et la surface se fissure. Un joint très fin, d'une teinte proche du fond, donne un aspect presque continu tout en préservant cette marge indispensable.

La couleur du joint doit-elle suivre les veines ?

Plutôt le fond. Les veines changent d'une pièce à l'autre, alors que le fond donne la teinte dominante de la surface : un joint accordé au fond se fond dans la pierre. Un joint de la couleur des veines, souvent plus foncé, souligne chaque pièce et dessine un quadrillage. Faites l'essai à sec sur une chute.

Les joints d'une douche se refont-ils sans changer la pierre ?

Oui, dans la plupart des cas. On retire l'ancien joint sans écailler les arêtes, on dépoussière, puis on rejointoie, souvent avec un joint époxy dans les zones les plus mouillées. Il faut d'abord s'assurer que la dégradation ne vient pas d'une infiltration ou d'un support qui bouge, sinon le nouveau joint ne tiendra pas.