Plomberie Guide

Évacuations : pente, diamètre et ventilation

Une évacuation qui fonctionne bien ne se remarque jamais. Celle qui gargouille, ralentit ou se bouche manque presque toujours de l'un des trois paramètres qui font un bon écoulement : une pente régulière, un diamètre adapté aux appareils raccordés, une entrée d'air sur les chutes. En rénovation, ce sont aussi les trois points que l'on fragilise le plus facilement.

Tuyaux métalliques gris fixés sur un mur de béton

Visuel d'illustration.

Un écoulement par gravité

Les eaux usées d'une maison s'écoulent par leur propre poids. Elles quittent chaque appareil par son siphon, suivent une canalisation de raccordement presque horizontale, rejoignent une chute, la descente verticale qui traverse les étages, puis un collecteur qui les conduit hors de la maison, vers le réseau public ou une installation d'assainissement individuelle. Rien ne les pousse : tout repose sur le dessin du réseau et sur la qualité de sa pose.

On distingue les eaux vannes, celles des WC, et les eaux ménagères, celles des lavabos, douches, baignoires, éviers et machines. Un bon réseau les évacue vite, sans laisser de dépôts, sans vider les siphons au passage et sans bruit excessif. Sa mise en œuvre relève du NF DTU 60.1 (plomberie sanitaire pour bâtiments), et ses dimensions se déterminent selon les règles de calcul du NF DTU 60.11, consacré aux installations de plomberie sanitaire et à l'évacuation des eaux pluviales.

La pente vers l'évacuation

Chaque canalisation horizontale descend vers la chute avec une pente continue et régulière. Trop faible, la pente laisse l'eau stagner et les matières se déposer ; trop forte, elle fait filer l'eau en laissant les solides derrière elle, et elle peut vider les siphons par aspiration. La bonne valeur dépend du diamètre et de l'appareil, et elle se détermine par le calcul, non à l'estime. Au chantier, elle se contrôle au niveau, tronçon par tronçon.

La pente consomme de la hauteur : plus un appareil s'éloigne de la chute, plus son raccordement doit partir haut. C'est la contrainte majeure d'un WC déplacé ou d'une douche au ras du sol en rénovation, où la hauteur disponible sous le sol fini est comptée. Le tuyau doit en outre être soutenu sur toute sa longueur par des colliers suffisamment rapprochés : un tronçon qui fléchit entre deux supports forme un creux, une contre-pente locale où l'eau et les dépôts s'attardent.

Le diamètre des tuyaux

Le diamètre se choisit selon le type d'appareil et le nombre d'appareils raccordés sur une même canalisation. Un WC demande un diamètre bien plus grand qu'un lavabo, et une canalisation qui reçoit plusieurs appareils doit pouvoir absorber leurs écoulements simultanés. Le calcul tient compte du débit propre à chaque appareil et des écoulements qui peuvent se produire en même temps ; le diamètre en découle, tronçon par tronçon, jusqu'à la chute et au collecteur.

Un principe vaut partout : le diamètre ne diminue jamais dans le sens de l'écoulement. Un tuyau plus étroit en aval qu'en amont crée un étranglement où tout s'accumule. À l'inverse, surdimensionner sans raison n'aide pas : dans un tuyau trop gros, un faible débit s'étale en une mince lame d'eau qui n'entraîne plus les dépôts. Les douches à grand débit, avec tête de pluie ou jets multiples, demandent enfin une bonde et une canalisation capables d'évacuer tout ce qu'elles reçoivent.

La ventilation des chutes

Quand l'eau descend dans une chute, elle pousse l'air devant elle et crée une dépression derrière elle. Sans apport d'air, cette dépression aspire l'eau des siphons voisins, qui se vident : c'est le gargouillis que l'on entend dans un lavabo quand une chasse d'eau se vide à l'étage. La ventilation primaire règle ce problème : la chute se prolonge jusqu'au-dessus de la toiture, ouverte à l'air libre, et laisse l'air entrer et sortir à chaque écoulement.

Là où la sortie en toiture est impossible, un clapet aérateur, petit appareil qui s'ouvre pour laisser entrer l'air quand la chute se met en dépression et se referme aussitôt, peut compléter le dispositif selon la configuration. Il se place en partie haute, dans un volume ventilé et accessible, jamais enfermé dans un coffrage étanche. Dans tous les cas, la ventilation se vérifie à chaque rénovation de combles ou de toiture, où elle disparaît parfois sans que personne s'en aperçoive.

Coudes et raccordements

Chaque changement de direction freine l'eau. On préfère donc deux coudes ouverts à un coude à angle droit, et l'on raccorde les canalisations sur la chute par des culottes, ces pièces en forme de Y orientées dans le sens de l'écoulement, plutôt que par des tés qui opposent un mur à l'eau qui arrive. Sur un même raccordement, l'ordre des appareils compte aussi : un WC branché en amont d'un lavabo, sur une canalisation trop juste, risque de vider le siphon de ce dernier à chaque chasse.

Les raccords se collent avec soin, tube coupé d'équerre et ébavuré, colle adaptée appliquée sur des surfaces propres, et l'on prévoit des manchons de dilatation sur les longues chutes en PVC qui reçoivent de l'eau chaude. Aux points délicats, pied de chute, longue traversée horizontale, jonction de plusieurs canalisations, un tampon de visite, bouchon démontable, ou un regard permet d'intervenir sans démolir. Ces accès restent dégagés, et non enfouis sous un carrelage ou derrière un meuble fixe.

Les erreurs en rénovation

Les rénovations successives laissent des traces dans le réseau d'évacuation, et ce sont elles qui expliquent bien des écoulements paresseux, qui se rebouchent peu après chaque intervention. On les retrouve lors de la visite, en suivant les tuyaux depuis chaque appareil jusqu'à la chute, et en regardant ce que les travaux précédents ont modifié sans le dire. Les plus fréquentes :

La plupart se corrigent facilement quand les sols et les murs sont ouverts, beaucoup plus difficilement ensuite. D'où l'intérêt de dessiner le réseau d'évacuation au tout début d'un projet, avant de fixer la place des appareils : la position de la chute, la hauteur disponible et le diamètre décident de ce qui est faisable. Quand un local technique ou une piscine s'ajoutent à la maison, leurs vidanges suivent les mêmes principes, avec les débits qui leur sont propres.

  • une contre-pente sous une douche surélevée après coup
  • un diamètre réduit pour passer entre deux solives
  • une nouvelle salle de bain branchée sur une petite canalisation existante
  • une ventilation de chute supprimée lors de l'aménagement des combles
  • des solives entaillées pour loger un tuyau, sans avis sur la structure
  • une gouttière raccordée aux eaux usées

Questions fréquentes

Un clapet aérateur dispense-t-il d'une sortie en toiture ?

Pas dans tous les cas. Il laisse entrer l'air quand la chute se met en dépression, mais il ne laisse pas sortir l'air poussé par l'eau qui descend. Selon la configuration du réseau, il complète une ventilation qui débouche à l'air libre ou la remplace sur certaines branches. Il doit rester accessible, en partie haute, dans un espace ventilé.

À quoi sert un regard de visite ?

Un regard est une petite chambre d'accès, souvent à l'extérieur, placée sur le collecteur aux changements de direction ou aux jonctions. Il permet d'inspecter l'écoulement, de déboucher ou de passer une caméra sans ouvrir le terrain. Encore faut-il qu'il reste accessible : un regard recouvert par une terrasse ou une allée perd son utilité le jour où l'on en a besoin.

Peut-on réduire le diamètre pour passer entre deux solives ?

Non. Une réduction de diamètre dans le sens de l'écoulement crée un étranglement où les dépôts s'accumulent, et l'évacuation finit par se boucher. On cherche un autre passage, on modifie le tracé, ou l'on fait étudier une réservation dans la structure par un professionnel de la charpente. Entailler une solive sans avis est une autre erreur, qui fragilise le plancher.