Un tube par point d'eau
Une nourrice, ou collecteur, est une barre de distribution percée de plusieurs sorties. L'eau froide arrive d'un côté et repart par chaque sortie vers un seul appareil : le lavabo, la douche, le WC, la machine à laver. Une seconde nourrice fait de même pour l'eau chaude, depuis le ballon. Chaque sortie porte son robinet d'arrêt, et chaque tube file d'une seule longueur jusqu'à son point d'eau, sans raccord intermédiaire caché dans un mur ou sous une chape.
On parle de distribution en pieuvre, par opposition au réseau en dérivation, où une canalisation principale traverse la maison et où chaque appareil s'y branche par un té. Les deux schémas sont valables. Leur mise en œuvre, comme celle de tout réseau d'alimentation, s'appuie sur le NF DTU 60.1, texte de référence de la plomberie sanitaire pour bâtiments. La nourrice se prête particulièrement aux rénovations lourdes et aux constructions neuves, quand les murs et les sols s'ouvrent et que l'on peut tirer des tubes neufs.
Les avantages au quotidien
Le premier avantage se mesure le jour d'une fuite ou d'une réparation. On ferme la vanne du seul circuit concerné, et les autres pièces restent alimentées : changer le mécanisme d'un WC ou remplacer un mitigeur ne prive plus personne de douche. Le second tient à la fiabilité. Un tube continu, sans jonction enfouie, supprime des raccords cachés qui sont autant de points de fuite possibles, et tous les raccords se retrouvent regroupés, visibles, à la nourrice.
Les puisages simultanés se gênent aussi moins qu'avec un réseau en dérivation, à condition que l'alimentation de la nourrice soit dimensionnée pour l'ensemble des appareils. L'installation devient évolutive : une sortie laissée en réserve permet d'ajouter un point d'eau plus tard, sans reprendre le réseau. Pour la recherche d'une fuite, la nourrice devient un outil : on ferme les circuits un par un en surveillant le compteur, et celui qui fait cesser le comptage désigne le tube en cause.
Où placer les nourrices
La nourrice se place au centre des points qu'elle dessert, pour raccourcir les tubes, surtout côté eau chaude, où chaque longueur supplémentaire allonge l'attente au robinet. Dans une maison à étages, on prévoit souvent une nourrice par niveau ou par groupe de pièces d'eau, alimentée par une canalisation principale. Elle s'installe dans un endroit sec, à l'abri du gel, et de préférence au-dessus d'un sol qui supporte une éventuelle goutte : buanderie, cellier, placard technique.
L'accès conditionne tout l'intérêt du système. Une nourrice enfermée derrière un carrelage ne sert à rien le jour où il faut fermer une vanne. On la loge donc dans un coffret à porte, sous un meuble d'évier ouvrable ou derrière une trappe de visite dont l'ouverture reste dégagée, et jamais derrière un meuble fixe. Les vannes doivent se manœuvrer à la main, sans outil, et l'on garde de la place pour intervenir avec une clé sur les raccords.
Repérer les circuits
Une nourrice sans repères oblige à fermer les vannes au hasard. Chaque sortie reçoit donc une étiquette durable, qui résiste à l'humidité, indiquant le point d'eau qu'elle alimente. Un code de couleur sépare l'eau chaude de l'eau froide, sur les vannes comme sur les tubes. On colle à l'intérieur de la porte du coffret un schéma simple qui reprend la liste des circuits, utile à la personne qui arrive en urgence comme au plombier qui interviendra des années plus tard.
Le tracé des tubes se conserve aussi. Avant de couler une chape ou de fermer un doublage, on photographie le cheminement des tubes, avec un mètre ou un repère visible dans le champ, et l'on range ces images avec les documents de la maison. Elles évitent de percer un tube en posant une étagère ou en fixant un meuble. Lors d'une vente, ce dossier renseigne aussi l'acquéreur sur la façon dont le réseau a été posé.
Avec du multicouche ou du PER
La distribution en pieuvre utilise surtout des tubes de synthèse. Le PER, polyéthylène réticulé souple, se pose dans une gaine annelée qui le protège et le guide. Si les courbes restent douces, un tube abîmé peut parfois se retirer de sa gaine et se remplacer en tirant un tube neuf, sans casser le mur. Le multicouche, tube de synthèse renforcé d'une couche d'aluminium, conserve le cintrage qu'on lui impose et se prête aux parcours plus tendus, apparents ou encastrés.
Côté nourrice, les raccordements se font par raccords à compression ou à sertir, c'est-à-dire écrasés sur le tube avec une pince dédiée, selon le système choisi. On respecte les rayons de courbure prévus par le fabricant, sous peine de pincer le tube, et l'on évite toute tension sur les raccords. Les nourrices existent en laiton ou en matériau de synthèse ; leur qualité compte autant que celle des tubes, car tous les circuits y passent. L'ensemble est éprouvé sous pression avant toute fermeture de mur ou de coffret.
Les limites à connaître
La nourrice consomme plus de tube qu'un réseau en dérivation, puisque chaque point d'eau a le sien. Côté eau chaude, cette multiplication des tubes peut allonger l'attente aux robinets éloignés : chaque tube doit se vider de son eau refroidie avant que la chaude arrive. Une nourrice placée près des salles de bain, ou un ballon bien situé, limite cet inconvénient. Un bouclage peut desservir la nourrice elle-même, mais les tubes qui en partent restent des antennes, à garder courtes.
Elle demande aussi de la place : un coffret par nourrice, accessible, dans une maison où chaque placard compte. En rénovation partielle, elle se raccorde au réseau existant, dont elle ne corrige pas les faiblesses en amont : une canalisation principale ancienne et entartrée reste ce qu'elle est. La nourrice n'est donc pas une solution universelle. Elle s'impose surtout quand le réseau est refait en profondeur, avec des murs ouverts et un plan d'ensemble.
Questions fréquentes
Une nourrice s'installe-t-elle aussi dans une rénovation partielle ?
Oui, à l'échelle d'une pièce ou d'un étage. Lors de la rénovation d'une salle de bain, une nourrice peut alimenter tous ses appareils à partir de la canalisation existante, avec un raccord de transition adapté. On en profite pour vérifier l'état de cette canalisation en amont, qui alimentera désormais la nourrice et dont dépend le débit de la pièce.
Un tube abîmé se remplace-t-il sans ouvrir le mur ?
Parfois. Un tube en PER posé dans sa gaine, avec des courbes douces, peut se retirer et se remplacer en tirant un tube neuf. Si la gaine est écrasée, ou si les courbes sont trop serrées, il faut ouvrir localement. En attendant, la vanne du circuit sur la nourrice isole ce seul point d'eau, sans priver le reste de la maison.
Combien de sorties prévoir sur une nourrice ?
Autant que de points d'eau à desservir, plus quelques sorties en réserve, bouchées, pour un futur appareil : lave-vaisselle, robinet extérieur, WC supplémentaire. Une sortie ajoutée après coup oblige à démonter la barre ou à en greffer une autre. Le nombre exact se fixe sur le plan des pièces, en pensant aux usages des années suivantes.