Trois familles de tubes
Trois matériaux se partagent aujourd'hui l'essentiel des réseaux d'alimentation en eau d'une maison. Le cuivre est un tube métallique rigide, ou recuit pour pouvoir se cintrer. Le multicouche associe deux couches de matière de synthèse et une âme en aluminium. Le PER, polyéthylène réticulé, est un tube de synthèse souple, livré en couronnes. Chacun a ses raccords, ses outils et ses règles de pose, et la mise en œuvre de tous relève du NF DTU 60.1, qui encadre les réseaux d'alimentation et d'évacuation.
Aucun n'est meilleur en toutes circonstances. Un réseau neuf entièrement encastré, une reprise partielle sur une installation ancienne, une chaufferie aux tuyaux apparents ou une salle de bain refaite dans un appartement n'appellent pas le même tube. Le choix tient compte aussi de ce qui existe déjà : on ne raccorde pas n'importe quoi à n'importe quoi, et chaque transition entre deux matériaux demande un raccord adapté, posé à un endroit où l'on pourra le surveiller.
Le tube en cuivre
Le cuivre reste la référence des parcours apparents : dans une cave, une chaufferie, ou en finition chromée le long d'un mur de salle de bain, il se pose droit, se fixe proprement et vieillit sans se déformer. Il supporte bien la chaleur, ce qui en fait un choix naturel près des générateurs. Ses raccords se font par brasure, c'est-à-dire par soudure à l'aide d'un métal d'apport fondu au chalumeau, par sertissage avec des raccords prévus à cet effet, ou par compression.
Il a ses exigences. La brasure demande une flamme, ce qui impose des précautions contre l'incendie dans une maison ancienne aux poutres et aux planchers de bois ; le sertissage évite alors le chalumeau. Le cuivre conduit la chaleur, si bien que l'eau chaude s'y refroidit et que l'eau froide s'y réchauffe sans isolant. Il se dilate en chauffant : les colliers et les traversées de murs doivent le laisser bouger. Son comportement dans le temps dépend enfin de l'eau qu'il transporte, plus ou moins agressive ou calcaire.
Le tube multicouche
Le multicouche se cintre à la main ou au ressort et garde ensuite sa courbe, grâce à son âme d'aluminium. Il se dilate peu, pèse peu et se pose aussi bien en apparent qu'en encastré, ce qui en fait un tube polyvalent en rénovation. Dans une salle de bain refaite, il permet de dessiner des parcours nets jusqu'aux sorties, sans les nombreux raccords qu'exigerait un tube rigide, et de passer dans des doublages étroits.
Ses raccords se font surtout par sertissage, avec une pince dont les mâchoires correspondent au profil exact du système choisi, ou par raccords à compression. C'est là sa principale contrainte : tubes, raccords et outillage d'un même système vont ensemble, et l'on ne panache pas les gammes. Un raccord serti avec une mâchoire inadaptée peut tenir lors de l'essai, puis céder plus tard. Le tube se coupe d'équerre, s'ébavure et se calibre avant le montage.
Le tube en PER
Le PER est le tube des réseaux encastrés en pieuvre, où chaque point d'eau reçoit son propre tube depuis un collecteur. Souple, livré en grandes longueurs, il se déroule sans raccord du collecteur jusqu'à l'appareil, le plus souvent glissé dans une gaine qui l'accompagne dans la chape ou la cloison. Sous une forme munie d'une barrière contre l'oxygène, il sert aussi aux planchers chauffants, où cette barrière limite l'entrée d'oxygène dans l'eau du circuit.
Ses limites sont connues. Il supporte mal les ultraviolets et se protège donc de la lumière du jour. En apparent, il se courbe entre deux fixations et donne un aspect peu soigné, d'autant qu'il se dilate nettement avec l'eau chaude. Ses raccords, à compression ou à glissement, se placent aux extrémités, aux collecteurs et aux sorties, là où ils restent accessibles. Il réclame enfin des rayons de courbure respectés, faute de quoi le tube se plie et réduit son passage.
Raccords et tubes de liaison
Un réseau vaut ce que valent ses raccords. Les jonctions sont les points faibles de toute installation, quel que soit le tube : on en limite le nombre, on les place là où l'on peut les voir et les atteindre, et l'on évite d'en enfermer dans une chape ou un mur. Quand une jonction cachée est inévitable, elle se fait avec un raccord admis pour cet usage par son fabricant, et elle est repérée sur les photos du chantier.
Les transitions entre matériaux demandent des raccords prévus pour passer du cuivre au multicouche ou au PER, et certaines associations de métaux favorisent la corrosion : on s'en tient aux associations admises. Les flexibles qui relient les appareils au réseau sont, eux, des pièces d'usure. On les choisit de bonne qualité, à la bonne longueur, sans torsion, et on les remplace dès l'apparition de rouille ou d'un gonflement. L'ensemble du réseau est éprouvé sous pression avant de fermer les murs.
Choisir selon le chantier
Quelques situations reviennent souvent, et le choix s'y dessine presque de lui-même. Il reste à le confirmer sur place, en regardant l'état du réseau existant, la possibilité d'ouvrir murs et sols, la place disponible pour d'éventuels collecteurs et la façon dont la maison reste habitée pendant les travaux. Voici les cas les plus fréquents :
Le bruit, souvent cité, dépend moins du matériau que de la pose : des colliers adaptés, des fourreaux dans les traversées et une pression maîtrisée comptent davantage. La disponibilité des pièces pèse aussi : un système de raccords courant se répare plus facilement des années plus tard qu'une gamme confidentielle. Le choix du tube se fait donc avec le plan du réseau sous les yeux, et non sur catalogue.
- réseau neuf encastré dans une maison rénovée en profondeur : PER sous gaine depuis des collecteurs, ou multicouche
- reprise d'une salle de bain sur un réseau ancien en cuivre : multicouche ou cuivre, avec des transitions accessibles
- chaufferie, cave ou parcours apparent soigné : cuivre, ou multicouche quand le tracé est simple
- maison ancienne aux structures en bois : sertissage plutôt que brasure, pour éviter la flamme
- longs parcours d'eau chaude : tube isolé sur toute sa longueur, quel que soit le matériau
Questions fréquentes
Le sertissage est-il aussi fiable que la brasure ?
Les deux sont des techniques reconnues, à condition d'être réalisées avec les bons raccords et le bon outil. Le sertissage exige des mâchoires correspondant au système et un tube correctement préparé ; la brasure exige du savoir-faire et des précautions contre le feu. Ni l'une ni l'autre ne dispense de l'essai sous pression avant la fermeture des murs.
Du PER peut-il rester apparent dans une cave ?
Ce n'est pas sa vocation. Exposé à la lumière, il se dégrade, et entre deux fixations il se courbe, surtout sur l'eau chaude. Dans une cave ou un local technique, on lui préfère le cuivre ou le multicouche, qui restent droits et se fixent proprement. Si un tronçon de PER doit rester visible, il demeure dans sa gaine et reçoit des fixations rapprochées.
Mélanger cuivre et multicouche sur un même réseau, est-ce possible ?
Oui, c'est courant en rénovation, avec des raccords de transition prévus pour cet usage. On place ces jonctions à des endroits accessibles et l'on respecte les associations de métaux admises par les fabricants. Le réseau garde ainsi ses parties anciennes en bon état, tandis que les tronçons refaits profitent d'un tube plus facile à poser.