Un choc dans les tuyaux
L'eau qui circule dans une canalisation forme une colonne en mouvement, lourde et peu compressible. Quand un robinet ou une vanne se ferme brusquement, cette colonne s'arrête d'un coup, et son élan se transforme en une brusque montée de pression. Cette onde parcourt alors le tuyau dans un sens puis dans l'autre, en quelques instants, et fait vibrer tout ce qu'elle rencontre. Le claquement que l'on entend est la signature de ce phénomène, appelé coup de bélier.
Un coup isolé ne casse rien. Répété à longueur d'année, à chaque cycle de lave-linge ou à chaque fermeture d'un mitigeur, il sollicite les soudures, les raccords, les flexibles et les mécanismes des appareils, jusqu'à provoquer un suintement ou une rupture. Le diagnostic commence par l'écoute : le coup de bélier se produit à la fermeture, d'un coup sec, parfois suivi d'une petite vibration. Un sifflement pendant l'écoulement ou un craquement à la chauffe relèvent d'autres causes.
Les appareils en cause
Le coupable est presque toujours un organe qui ferme très vite. Les électrovannes, ces vannes commandées électriquement, coupent l'eau d'un coup : on les trouve sur les lave-linge, les lave-vaisselle, certains WC lavants, les arrosages automatiques et certains appareils de traitement de l'eau. Viennent ensuite les mitigeurs à levier refermés d'un geste sec, les robinets à quart de tour et certains robinets flotteurs de chasse d'eau.
Pour identifier l'appareil en cause, on fait fonctionner chaque appareil séparément, en écoutant, et l'on note l'heure des coups entendus. Un claquement nocturne qui revient chaque jour à la même heure désigne souvent un programmateur, d'arrosage ou d'électroménager, ou un appareil de traitement de l'eau qui se met en route. Un bruit qui suit la chasse d'eau mène au robinet flotteur. Cette enquête évite de poser des amortisseurs au hasard.
La pression du réseau
La violence du coup de bélier croît avec la pression et avec la vitesse de l'eau dans les tuyaux. Une maison alimentée sous forte pression, ou un réseau de petit diamètre où l'eau file vite, y est donc plus exposée. La mesure se fait au manomètre, vissé sur un robinet, à différents moments de la journée, car la pression du réseau public change au fil des heures et des consommations du quartier.
Si la pression est trop forte, un réducteur de pression posé en tête d'installation la ramène à une valeur adaptée aux appareils, et le choc perd une bonne part de sa force. C'est souvent la première mesure à prendre, parce qu'elle soulage toute la maison à la fois. Le diamètre des canalisations entre aussi en jeu : dans une rénovation, un réseau trop étroit pour les débits demandés aujourd'hui gagne à être repris, ce qui réduit la vitesse de l'eau.
Fixer les canalisations
Un tuyau mal tenu amplifie tout. À chaque coup, il se déplace, frappe un mur, une solive ou un autre tuyau, et transforme une onde de pression en vacarme. Dans les caves, les vides sanitaires et les combles, on vérifie donc les colliers : leur nombre, leur serrage et leur état. Des colliers garnis d'une bague en caoutchouc, dits isophoniques, tiennent le tube sans transmettre ses vibrations à la structure.
Les traversées de murs et de planchers reçoivent un fourreau, une gaine plus large qui évite le contact direct entre le tube et la maçonnerie. Pour l'eau chaude, on laisse au tube la possibilité de se dilater : un collier trop serré ou un tuyau bloqué produit des craquements à la chauffe, un autre bruit à ne pas confondre. Bien fixer les canalisations atténue le bruit et protège les raccords, mais ne supprime pas l'onde de pression elle-même.
Poser un anti-bélier
L'anti-bélier est un petit amortisseur qui absorbe la surpression au moment de la fermeture. Il contient une chambre séparée de l'eau par une membrane ou un piston, avec, de l'autre côté, un coussin de gaz ou un ressort qui se comprime quand la pression monte, puis restitue doucement l'énergie. Il se visse sur la canalisation ou sur un té, dans la position indiquée par sa notice, et se choisit selon le diamètre et l'usage.
Les anciennes chambres à air, simples tubes verticaux fermés où l'air devait amortir le choc, perdent cet air avec le temps, se remplissent d'eau et deviennent inefficaces : on les remplace. Un anti-bélier moderne vieillit lui aussi, plus lentement, avec une membrane qui se fatigue ou un coussin de gaz qui s'affaiblit. Si les claquements reviennent au fil des années, on vérifie l'appareil. Il doit donc rester accessible, jamais enfermé dans une cloison ou sous un carrelage.
Où le placer
L'anti-bélier agit d'autant mieux qu'il est proche de l'organe qui ferme brusquement. Pour un lave-linge ou un lave-vaisselle, il se monte sur l'arrivée d'eau de l'appareil, entre le robinet et le tuyau d'alimentation, au plus près de l'électrovanne. Pour un mitigeur, on le place sur l'alimentation qui le dessert, souvent sous l'évier ou derrière une trappe. Le poser à l'autre bout de la maison revient à amortir un choc qui a déjà parcouru tout le réseau.
Un amortisseur posé en tête d'installation, après le compteur et le réducteur, protège le réseau de façon plus générale, mais il ne remplace pas ceux qui se placent près des appareils les plus brutaux. Chaque source a donc son amortisseur, et chaque amortisseur reste accessible. On termine par un essai : on fait fonctionner les appareils en cause, un par un, en écoutant, puis l'on note l'emplacement des anti-béliers sur le schéma de la maison.
Questions fréquentes
Pourquoi le claquement suit-il toujours le lave-linge ?
Parce que son électrovanne ferme l'arrivée d'eau instantanément à la fin de chaque remplissage, bien plus vite qu'une main sur un robinet. La colonne d'eau s'arrête d'un coup, et l'onde de pression parcourt le réseau. Un anti-bélier monté sur l'arrivée de la machine absorbe ce choc, et un réducteur de pression en atténue la force si la pression est élevée.
Un anti-bélier s'use-t-il avec le temps ?
Oui, plus ou moins vite selon la pression et la fréquence des chocs. Sa membrane ou son piston se fatigue, et le coussin de gaz peut s'affaiblir. Quand les claquements reviennent, on contrôle l'appareil et on le remplace s'il ne remplit plus son rôle. C'est pourquoi il se pose toujours à un endroit accessible, jamais dans un mur.
Faut-il un amortisseur sur chaque robinet ?
Non. On identifie d'abord les appareils qui ferment brusquement, électrovannes, mitigeurs refermés d'un geste sec, robinets flotteurs, et l'on place un amortisseur près de chacun d'eux. Un réducteur de pression, si la pression est forte, et des canalisations bien fixées règlent souvent le reste. Multiplier les anti-béliers sans diagnostic coûte sans traiter la cause.