Attendre l'eau chaude
Entre deux puisages, l'eau chaude immobile dans les tuyaux refroidit. À l'ouverture du robinet, il faut d'abord évacuer tout ce volume tiédi avant que l'eau du ballon arrive, et l'attente s'allonge avec la longueur et le diamètre de la canalisation. Dans une maison étendue, avec une salle de bain à l'étage opposé ou une suite dans une aile éloignée, cette attente se répète matin et soir, pour chaque occupant.
L'eau perdue n'est pas le seul inconvénient. Ce volume qui stagne entre deux usages se tient à une température tiède, celle qu'il faut éviter pour l'hygiène, et il se renouvelle mal dans une chambre d'amis peu occupée. Avant de proposer un bouclage, on mesure donc les distances réelles entre le ballon et chaque point d'eau, on repère les pièces les plus utilisées, et l'on compare avec d'autres réponses, comme un second ballon placé au plus près des pièces éloignées.
Le principe de la boucle
Le bouclage ajoute au réseau d'eau chaude une canalisation de retour. L'eau part du ballon par l'aller, passe à proximité des salles de bain et de la cuisine, puis revient au ballon par le retour, poussée par un petit circulateur. Elle reste ainsi chaude dans toute la boucle, et seule la courte dérivation entre la boucle et chaque robinet, appelée antenne, doit se vider avant que l'eau chaude n'arrive. Plus les antennes sont courtes, plus le confort est immédiat.
Le retour se raccorde au ballon sur un piquage prévu à cet effet, quand l'appareil en possède un, ou selon le schéma défini par son fabricant. Un clapet anti-retour empêche l'eau de circuler à contresens, et des vannes permettent d'isoler le circulateur pour l'entretien. Le diamètre des tubes et le débit du circulateur se calculent : il s'agit de compenser les pertes de chaleur de la boucle, et non de faire tourner beaucoup d'eau très vite, ce qui userait les tubes et ferait du bruit.
Le circulateur et sa programmation
Le circulateur d'un bouclage sanitaire n'est pas celui d'un chauffage. L'eau qu'il fait tourner est de l'eau potable, chargée d'oxygène et parfois calcaire : son corps est en bronze ou en inox, matériaux qui résistent à cette eau, là où la fonte d'un circulateur de chauffage rouillerait. Il est petit et peu puissant, car la boucle ne demande qu'un débit modeste. Son alimentation électrique, comme celle de sa programmation, est confiée à un électricien.
Une horloge ou une commande programmable arrête la circulation quand personne n'a besoin d'eau chaude, la nuit ou pendant une absence, et la relance avant les heures de salle de bain. La programmation cherche un équilibre : une boucle arrêtée trop longtemps refroidit et perd une partie de son intérêt sanitaire, alors qu'une boucle qui tourne en permanence dépense davantage. Certains circulateurs se pilotent aussi d'après la température de retour, ce qui affine ce compromis.
Isoler les tubes
Une boucle chaude non isolée se comporte comme un long radiateur qui chauffe les gaines et les cloisons, jour et nuit. L'aller et le retour reçoivent donc un isolant sur toute leur longueur : des manchons en mousse dans les parties chauffées, une protection plus épaisse dans les combles, les caves ou les vides sanitaires. Les coudes, les tés et les vannes s'isolent aussi. Ce sont souvent eux qu'on oublie, alors qu'ils perdent leur chaleur comme le reste du réseau.
L'isolation sert aussi l'hygiène : une boucle qui perd peu de chaleur garde une température élevée jusqu'au retour, sans obliger à surchauffer le ballon. Dans un réseau encastré, les tubes isolés se posent dans leurs fourreaux avant la fermeture des murs ; dans un réseau ancien, on isole tout ce qui reste accessible. On veille enfin à ne pas faire courir l'eau chaude bouclée contre l'eau froide : sans isolant, celle-ci se réchauffe, ce qui n'est pas souhaitable non plus.
Température et légionelles
Les légionelles, des bactéries présentes en petite quantité dans l'eau, prolifèrent dans une eau tiède et immobile. Une boucle mal tenue, qui revient froide au ballon, leur offre un terrain favorable sur toute sa longueur. Le ballon se règle donc à 55 °C au moins, valeur conseillée pour freiner leur prolifération, et l'on vérifie au thermomètre que l'eau du retour reste chaude elle aussi. Une boucle dont le retour s'effondre signale un réglage à revoir ou un tronçon mal isolé.
La chaleur de la boucle ne doit pas brûler à la sortie des robinets. Pour la salle de bain et les autres pièces de toilette, le plafond est de 50 °C au point de puisage : c'est la limite posée par l'arrêté du 30 novembre 2005, lequel a modifié l'arrêté du 23 juin 1978 et traite aussi de la prévention des légionelles. On garde donc la boucle chaude et l'on tempère l'eau au plus près des salles de bain, par des mitigeurs thermostatiques, plutôt que de faire circuler une eau tiède dans toute la maison.
Équilibrer la boucle
Une boucle simple, qui dessert une salle de bain et la cuisine, se règle facilement. Dès qu'elle se divise, avec une branche par étage ou par aile, l'eau suit le chemin le plus court et délaisse la branche la plus longue, qui revient tiède. Chaque branche reçoit alors sur son retour une vanne d'équilibrage, manuelle ou thermostatique. La version thermostatique ajuste seule son ouverture d'après la température de l'eau qui la traverse, ce qui maintient chaque branche chaude sans réglage fréquent.
Le réglage se fait boucle en service, ballon chaud, en mesurant la température en fin de chaque branche. On ferme peu à peu les branches qui reviennent les plus chaudes, jusqu'à ce que toutes restent à bonne température, puis l'on note les réglages. Ce contrôle se refait après des travaux, l'ajout d'une salle de bain ou le changement du ballon. Une boucle bien équilibrée reste discrète : l'eau chaude arrive vite partout, sans que le circulateur ait à forcer.
Questions fréquentes
Un circulateur de chauffage peut-il servir à la boucle ?
Non. L'eau d'une boucle sanitaire est de l'eau potable, renouvelée sans cesse et chargée d'oxygène : le corps en fonte d'un circulateur de chauffage y rouillerait, et il n'est pas prévu pour l'eau que l'on boit. On choisit un circulateur sanitaire, en bronze ou en inox, dimensionné pour le petit débit d'une boucle.
Ajouter une boucle dans une maison déjà terminée, est-ce possible ?
Souvent, si l'on peut faire passer un tube de retour : par un vide sanitaire, des combles, une gaine technique ou des placards superposés. Quand les murs sont fermés et les sols finis, le chantier devient plus lourd, et un petit ballon placé près de la salle de bain éloignée peut être une réponse plus simple. La visite permet de repérer les passages possibles.
Le bouclage convient-il à un chauffe-eau thermodynamique ?
C'est à vérifier dans sa notice. La boucle refroidit le ballon en permanence et l'oblige à relancer souvent sa chauffe, ce qui ne convient pas à tous les appareils. Certains fabricants l'excluent, d'autres posent des conditions de raccordement et de programmation. On en tient compte dès le choix du chauffe-eau, si un bouclage est prévu.