Traitement de l'eau Guide

Lire les analyses de l'eau du robinet

Chaque réseau d'eau potable fait l'objet d'analyses régulières, publiées et accessibles à tous. Les bulletins sont pourtant austères : une conclusion, une longue liste de paramètres, des unités inhabituelles. Quelques repères suffisent à les lire correctement, à comprendre ce que dit la conclusion sanitaire et à distinguer ce qui relève du réseau public de ce qui dépend de votre installation.

Vieux robinet en métal gris fixé à un mur blanc

Visuel d'illustration.

Des résultats publics

Le contrôle sanitaire de l'eau potable, placé sous l'autorité du ministère de la Santé, prélève l'eau à la sortie des installations de traitement et en différents points du réseau, jusqu'au robinet. Chaque analyse fait l'objet d'un bulletin. Les résultats sont diffusés réseau par réseau, notamment par l'API Hub'Eau, et consultables commune par commune ; ils sont aussi, en principe, affichés en mairie.

Un bulletin se présente comme un tableau : le nom du réseau, la date et le lieu du prélèvement, puis une liste de paramètres avec leur valeur, leur unité et, le cas échéant, la limite ou la référence de qualité correspondante. Une conclusion résume la situation. Le vocabulaire est technique, mais la logique reste simple, et quelques repères suffisent pour le lire sans contresens.

La conclusion sanitaire

La conclusion sanitaire est la phrase la plus importante du bulletin. Elle indique si l'eau prélevée respecte les exigences de qualité pour l'ensemble des paramètres mesurés ce jour-là. Elle s'appuie sur deux sortes de seuils. Les limites de qualité concernent des paramètres qui peuvent avoir un effet sur la santé : leur dépassement rend l'eau non conforme. Les références de qualité sont des indicateurs du bon fonctionnement des installations.

Un dépassement de référence de qualité n'a pas la même portée qu'un dépassement de limite : il signale un fonctionnement à surveiller, comme une eau passagèrement trouble, et conduit en général l'exploitant à des vérifications. En cas de non-conformité qui le justifie, ce sont les autorités sanitaires et le distributeur qui informent la population et donnent les consignes, par exemple de ne pas boire l'eau. Le bulletin ne remplace pas ces consignes.

Les paramètres suivis

Les paramètres bactériologiques viennent en premier. Ils recherchent des germes témoins, comme Escherichia coli ou les entérocoques, dont la présence signalerait une contamination d'origine fécale. On ne cherche pas tous les microbes possibles : ces témoins suffisent à révéler une défaillance du traitement ou une intrusion dans le réseau. Leur absence est le résultat attendu, et toute présence entraîne des investigations.

Viennent ensuite les paramètres physico-chimiques. Les plus courants sont la température, le pH, qui mesure l'acidité ou l'alcalinité, la conductivité, qui traduit la quantité de sels dissous, la turbidité, qui mesure le trouble de l'eau, et les formes du chlore. S'y ajoutent selon les analyses les nitrates, l'ammonium, la dureté, et parfois des familles plus rares, comme les pesticides ou certains métaux, recherchés selon un programme propre à chaque réseau.

Tous les bulletins ne se ressemblent donc pas. Certaines analyses, fréquentes, portent sur une liste courte de paramètres ; d'autres, plus espacées, sur une liste beaucoup plus longue. Un paramètre absent d'un bulletin n'a pas forcément disparu du contrôle : il est simplement recherché à un autre rythme. Pour une vue d'ensemble, consultez plusieurs bulletins successifs plutôt que le dernier publié.

La dureté parmi les autres

La dureté figure parmi ces paramètres, sous le nom de titre hydrotimétrique, ou TH, en degrés français. Elle intéresse surtout le confort et l'usure des équipements : une eau dure peut être parfaitement conforme. On la lit avec des valeurs voisines, comme le calcium, le magnésium ou le TAC, qui renseigne sur les bicarbonates, pour se faire une idée de la tendance de l'eau à entartrer les appareils qui la chauffent.

Le chlore se lit à part, sous deux formes : le chlore libre, qui agit, et le chlore total, qui l'inclut. Sa présence est voulue, puisqu'il protège l'eau jusqu'au robinet. Une valeur un peu plus élevée explique parfois un goût plus marqué, sans rien d'anormal. À l'inverse, une absence de chlore loin du point de traitement peut traduire un long séjour de l'eau dans le réseau, que l'exploitant surveille.

Ce qui relève de la plomberie intérieure

Les analyses publiques décrivent l'eau du réseau public. Au-delà du compteur, l'eau traverse votre installation, et sa qualité dépend alors de celle-ci. Des canalisations anciennes en plomb ou en acier galvanisé, une eau qui stagne dans un bras mort, c'est-à-dire une canalisation qui ne dessert plus rien, ou un appareil de traitement mal entretenu peuvent dégrader une eau parfaitement conforme à son arrivée.

Dans ces cas, ce n'est pas le bulletin du contrôle sanitaire qui renseigne, mais un diagnostic de l'installation, robinet par robinet et appareil par appareil, et parfois une analyse prélevée directement chez vous. Le distributeur reste votre interlocuteur pour l'eau qui arrive au compteur ; au-delà, les situations suivantes relèvent de la plomberie intérieure :

  • une eau colorée ou trouble à un seul robinet, ou seulement à l'eau chaude
  • un goût métallique après une nuit de stagnation
  • des canalisations en plomb encore présentes dans une maison ancienne
  • un ballon réglé en dessous des 55 °C conseillés contre les légionelles
  • un tuyau d'arrosage ou un appareil raccordé sans protection contre les retours d'eau

Faire analyser son eau

Une analyse à votre robinet se justifie dans quelques cas précis : un doute sur des canalisations en plomb, une eau qui a changé d'aspect, de goût ou d'odeur, une maison longtemps inoccupée, un projet de traitement important, ou une eau de puits. On s'adresse à un laboratoire agréé, qui fournit des flacons adaptés, stériles pour les analyses bactériologiques, et une procédure de prélèvement à suivre à la lettre.

Le prélèvement compte autant que l'analyse. Selon ce que l'on cherche, on prélève la première eau du matin ou l'eau après écoulement, au robinet d'eau froide, parfois sans mousseur. Le laboratoire précise aussi les conditions de transport des flacons. Le résultat se lit ensuite comme un bulletin du contrôle sanitaire, avec ses limites et ses références, et oriente les travaux à prévoir sur l'installation.

Questions fréquentes

Une eau déclarée conforme peut-elle avoir mauvais goût ?

Oui. La conformité porte sur des paramètres de sécurité et de bon fonctionnement, pas sur le goût de chacun. Un léger goût de chlore, par exemple, reste normal. Si un goût ou une odeur inhabituels apparaissent soudainement, signalez-les au service des eaux, et vérifiez s'ils concernent tous vos robinets ou un seul, ce qui orienterait vers la plomberie intérieure.

À qui signaler une eau trouble ou colorée ?

Au service des eaux si le phénomène touche tous les robinets, surtout s'il apparaît après des travaux ou une coupure dans la rue. S'il ne concerne qu'un robinet, que l'eau chaude ou certaines heures, la cause est plus probablement intérieure : laissez couler, notez ce que vous observez et faites examiner l'installation.

Les résultats publiés concernent-ils mon immeuble ?

Ils décrivent l'eau du réseau qui dessert votre immeuble, prélevée en des points représentatifs, mais pas l'eau de vos canalisations intérieures ni celle des parties communes. Une colonne ancienne, un traitement collectif ou un ballon d'eau chaude partagé peuvent la modifier. Pour ces éléments, renseignez-vous auprès du syndic, qui gère les installations communes.