Chauffe-eau Guide

Légionelles : régler la température de l'eau chaude

L'eau chaude sanitaire doit être assez chaude pour freiner les légionelles, sans l'être au point de brûler. Ce double objectif se règle en deux endroits : la température du ballon, qui protège la réserve, et celle des robinets, qui protège les personnes. Entre les deux, le tracé des tuyaux et la remise en service après une absence comptent autant que le thermostat.

Chauffe-eau fixé au mur au-dessus d'un évier

Visuel d'illustration.

Un équilibre à trouver

Les légionelles sont des bactéries naturellement présentes dans l'eau, en très petite quantité. Elles prolifèrent quand l'eau stagne à une température tiède, et trouvent refuge dans le tartre, les dépôts et le film biologique qui tapisse l'intérieur des tuyaux peu utilisés. Les autorités sanitaires décrivent une contamination par l'inhalation de fines gouttelettes d'eau, comme celles d'une douche, et non par l'eau bue. La douche et les appareils qui pulvérisent l'eau sont donc les points sensibles.

La parade la plus simple est la chaleur : une eau maintenue chaude dans le ballon et dans les canalisations limite leur développement. Mais une eau très chaude au robinet brûle, en particulier les jeunes enfants et les personnes âgées, qui réagissent moins vite. L'installation doit donc stocker et transporter l'eau chaude à une température d'hygiène, puis la tempérer juste avant l'usage, dans les pièces où l'on se lave. Un seul thermostat ne suffit pas à tenir ces deux exigences.

La température du ballon

Le ballon se règle de façon que l'eau stockée atteigne au moins 55 °C, seuil recommandé pour tenir les légionelles en respect. Un réglage plus bas, choisi pour économiser, laisse la cuve dans une zone tiède où elles se plaisent. La graduation du thermostat ne dit pas toujours la vérité : on mesure l'eau au robinet le plus proche du ballon, après l'avoir laissée couler, pour connaître la température réelle de stockage, et l'on corrige le réglage si besoin.

Le bas de la cuve, plus froid que le haut, mérite une attention particulière : c'est là que l'eau froide arrive et que les dépôts s'accumulent. Un ballon entartré, jamais vidangé, garde au fond une couche de boue tiède. La vidange partielle et le détartrage relèvent donc de l'hygiène autant que de l'entretien. Certains appareils, comme les chauffe-eau thermodynamiques, proposent une fonction qui relève périodiquement la température de toute la cuve ; on vérifie qu'elle est activée et réglée selon la notice.

Aux robinets : éviter les brûlures

Côté robinets, la limite est fixée par un texte : l'arrêté du 30 novembre 2005, venu modifier l'arrêté du 23 juin 1978, retient 50 °C comme limite de l'eau chaude dans les pièces destinées à la toilette, au point de puisage, et il traite aussi de la prévention des légionelles. L'eau stockée plus chaude doit donc être tempérée avant d'atteindre la douche, la baignoire ou le lavabo, sans que l'on compte sur la vigilance de chacun pour doser l'eau froide.

Deux solutions existent, souvent combinées. Un mitigeur thermostatique monté à la sortie du ballon, ou au départ d'un groupe de salles de bain, mélange eau chaude et eau froide pour délivrer une eau plafonnée. Des mitigeurs thermostatiques aux points d'eau maintiennent ensuite la température choisie et évitent les hausses brutales. Le premier protège toute une partie de la maison ; les seconds apportent le confort pièce par pièce. Dans les deux cas, on contrôle au thermomètre la température obtenue au robinet.

Les bras morts

Un bras mort est un tronçon de tuyau où l'eau ne circule plus : l'alimentation d'un lavabo supprimé, simplement bouchée au bout, le départ d'un robinet extérieur abandonné, une douche condamnée derrière un doublage. L'eau y reste des semaines, voire des années, à la température de la pièce, et peut contaminer le reste du réseau au gré des variations de pression. On en trouve souvent dans les maisons qui ont connu plusieurs rénovations successives.

La règle est simple : un tuyau qui ne sert plus se supprime à sa racine, au départ de la canalisation principale, et non au ras de l'ancien appareil. Lors d'une rénovation, on cherche ces tronçons derrière les doublages et sous les planchers ouverts, et l'on raccourcit autant que possible les antennes, ces dérivations qui relient chaque point d'eau au réseau. Une salle de bain d'invités peu utilisée, sans être un bras mort, s'en rapproche : on y fait couler l'eau régulièrement.

Après une absence

Une résidence secondaire fermée plusieurs semaines, ou une maison quittée pour l'hiver, retrouve à l'arrivée une eau restée immobile dans tout le réseau, et un ballon refroidi s'il a été coupé. La remise en service suit un ordre. On rallume d'abord le chauffe-eau, et l'on attend qu'il ait atteint sa température de consigne sur tout son volume avant de se doucher. Pour un ballon électrique, cela suppose une chauffe complète, qu'il faut prévoir dans l'horaire d'arrivée.

On fait ensuite couler l'eau chaude, puis l'eau froide, à chaque point de puisage, douches comprises. Pour la douche, on oriente le pommeau vers le bas, au fond du receveur, et l'on évite de rester dans la pièce pendant ce rinçage, pour ne pas respirer les premières gouttelettes. Les pommeaux et les flexibles, où l'eau stagne et où le calcaire s'accroche, se détartrent régulièrement, et plus encore dans une maison occupée par périodes.

Les installations collectives

Dans un immeuble doté d'une production d'eau chaude collective, d'un réseau bouclé desservant de nombreux logements, ou dans les établissements qui reçoivent du public, l'enjeu change d'échelle. Les volumes sont plus grands, les canalisations plus longues, et certaines parties du réseau restent inutilisées des jours entiers. Ces installations relèvent d'obligations de surveillance propres, qui dépassent le cadre d'une maison : le gestionnaire ou le syndic se renseigne sur les textes qui s'appliquent à son bâtiment.

Dans une maison, un gîte ou des chambres d'hôtes, on peut s'inspirer de la même rigueur sans prétendre à un protocole réglementaire. On note la température de l'eau au départ du ballon et au retour de boucle, la date des vidanges et des détartrages, les périodes de fermeture et la façon dont l'eau a été remise en service. Ce carnet simple aide à repérer une dérive et à montrer, si un hôte pose la question, que l'eau chaude est suivie avec soin.

Questions fréquentes

Après une longue fermeture, faut-il désinfecter le réseau ?

Dans une maison, la remise en service courante suffit le plus souvent : ballon remonté à sa température de consigne, puis écoulement d'eau chaude et d'eau froide à chaque point de puisage. Une désinfection plus poussée, par la chaleur ou par un produit, se décide au cas par cas avec un professionnel, car elle expose à des brûlures et à des erreurs de dosage.

Boire l'eau chaude expose-t-il aux légionelles ?

Les autorités sanitaires décrivent une contamination par l'inhalation de fines gouttelettes, et non par l'eau avalée. Cela ne fait pas de l'eau chaude une eau à boire : elle séjourne dans le ballon et les tuyaux et peut se charger de dépôts. Pour la boisson et la cuisine, on prend l'eau froide du réseau, après l'avoir fait couler un instant.

Un chauffe-eau thermodynamique chauffe-t-il assez contre les légionelles ?

Cela dépend de ses réglages. En mode économique, certains appareils stockent l'eau à une température modérée. Ils disposent en général d'une fonction qui relève périodiquement la température de la cuve, parfois avec l'aide de leur résistance : on vérifie qu'elle est active, et l'on règle la consigne pour que l'eau atteigne au moins 55 °C, selon la notice.