Une eau à connaître
L'eau d'un puits ou d'un forage privé ne bénéficie pas du contrôle sanitaire qui suit l'eau du réseau public. Sa qualité dépend de la nappe captée, de la profondeur de l'ouvrage, de son état et de ce qui l'entoure : cultures, élevage, assainissement individuel, ruissellement. Elle varie aussi avec les saisons et les fortes pluies. Le propriétaire de l'ouvrage est seul à connaître, ou à ignorer, ce qu'elle contient.
Plusieurs paramètres reviennent souvent dans les eaux souterraines. Le fer et le manganèse tachent le linge et les sanitaires, colorent l'eau et encrassent les appareils. Les nitrates proviennent en général des activités de surface. Les bactéries signalent une infiltration depuis la surface, par une tête de puits mal protégée par exemple. L'eau peut enfin être dure, ou au contraire acide et agressive pour les canalisations. Aucun de ces points ne se devine à l'œil.
L'analyse en laboratoire
L'analyse se confie à un laboratoire agréé, qui fournit des flacons adaptés, stériles pour la recherche des bactéries, et une procédure de prélèvement. Les paramètres se choisissent avec lui selon l'usage prévu et l'environnement : bactériologie, nitrates, fer, manganèse, turbidité, pH, dureté, et parfois pesticides ou métaux. Si l'eau doit servir à boire, la liste s'allonge, et l'agence régionale de santé peut indiquer ce qui est attendu.
Le prélèvement se fait au plus près de l'ouvrage, avant tout traitement, après avoir laissé couler l'eau, et les flacons rejoignent le laboratoire dans les conditions qu'il précise. Une seule analyse ne suffit pas à connaître une eau qui varie : on en refait une à une autre saison, après une période pluvieuse notamment. Les résultats se lisent avec le laboratoire, et ce sont eux qui dictent le traitement, jamais l'inverse.
La déclaration en mairie
Le Code général des collectivités territoriales, en son article L2224-9, prévoit la déclaration en mairie des puits et forages à usage domestique. Le texte ne laisse pas le choix : un ouvrage qui sert à la maison se déclare. La mairie indique les modalités de cette déclaration, les informations à fournir et, le cas échéant, les démarches qui s'y ajoutent selon l'usage prévu de l'eau.
Cette démarche s'accompagne de questions pratiques, à poser à la mairie ou au service des eaux : les usages envisagés dans la maison, et les conditions de rejet à l'égout quand l'eau du puits alimente des WC ou un lave-linge, puisque ces volumes peuvent entrer dans le calcul de la redevance d'assainissement. Mieux vaut obtenir ces réponses avant de créer le moindre raccordement intérieur.
Séparer les réseaux
Le réseau alimenté par le puits et celui de l'eau publique doivent rester totalement indépendants. Aucune vanne, aucun clapet, aucun inverseur ne doit permettre de passer de l'un à l'autre : un simple oubli suffirait à envoyer une eau non contrôlée dans le réseau public, et donc chez les voisins. La norme NF EN 1717 traite de la protection de l'eau potable contre les retours d'eau dans les réseaux intérieurs ; ici, la seule protection sûre reste l'absence de toute liaison.
Cette séparation doit être visible et durable, pour qu'un futur occupant ou un intervenant ne la remette pas en cause par erreur. Quand le puits ne suffit pas toujours, l'appoint en eau du réseau ne se fait jamais par un raccord direct. Dans la maison, la séparation se traduit par quelques dispositions simples :
- des canalisations distinctes, sans aucun raccord commun
- un repérage clair de chaque tuyau et de chaque robinet alimenté par le puits
- un éventuel appoint en eau du réseau fait par surverse au-dessus d'une cuve, avec un espace d'air libre
- une vérification à chaque modification de l'installation
Les traitements possibles
Le traitement se construit à partir de l'analyse, étage par étage, dans un ordre logique. On retire d'abord les particules par une filtration adaptée. Le fer et le manganèse se traitent ensuite, en général par oxydation puis filtration sur un média spécifique : c'est la déferrisation. Une eau acide se corrige par un filtre neutralisant, qui la rend moins agressive. Un adoucisseur peut venir après, si l'eau est dure, à condition que le fer ait été retiré avant.
La désinfection vient en dernier. Une lampe à ultraviolets, placée sur une eau déjà claire, est conçue pour inactiver les bactéries au passage, sans rien ajouter à l'eau ; elle demande une alimentation électrique, posée par un électricien, et un remplacement de la lampe selon la notice. Pour l'eau de boisson, une osmose inverse sous l'évier peut compléter l'ensemble. Seule une nouvelle analyse, après traitement, permet de vérifier le résultat.
Chaque étage se dimensionne pour le débit de la pompe, et non pour un usage moyen : un filtre trop petit laisse passer le fer, une lampe sous-dimensionnée traite mal. Les filtres de déferrisation et de neutralisation se lavent à contre-courant, ce qui demande une évacuation proche, comme pour un adoucisseur. L'ensemble se loge à l'abri du gel, avec un accès commode pour l'entretien.
Suivre la qualité
Une eau de puits se surveille dans la durée. On refait une analyse à intervalles réguliers, et chaque fois qu'un changement l'impose : fortes pluies ou inondation, travaux à proximité, odeur, couleur ou goût nouveaux, remise en service après une longue période d'arrêt. Les appareils de traitement se suivent eux aussi : préfiltres, média de déferrisation, sel, lampe et gaine de quartz du stérilisateur, chacun à son échéance.
La protection de l'ouvrage compte autant que le traitement. Une tête de puits fermée et étanche, surélevée, à l'écart des ruissellements, des stockages de produits et de l'assainissement, limite les infiltrations. On tient un carnet : résultats d'analyse, dates d'entretien, interventions sur l'ouvrage. Il sert à suivre l'évolution de l'eau, et à informer un acheteur ou un locataire le moment venu.
Questions fréquentes
Est-il possible de boire l'eau de son puits ?
Seulement si une analyse complète l'a montré, et si le traitement éventuel a été vérifié par une nouvelle analyse. Sans cela, réservez cette eau à l'arrosage et aux usages extérieurs. Pour une consommation régulière, renseignez-vous en mairie et auprès de l'agence régionale de santé sur les démarches et les contrôles attendus.
Installer un adoucisseur sur une eau de puits a-t-il un sens ?
Oui, si l'eau est dure, mais pas en premier ni seul. Le fer, le manganèse et les particules encrassent la résine : ils se traitent avant. Un adoucisseur ne désinfecte pas et ne retient pas les nitrates. Il prend donc sa place dans une chaîne définie par l'analyse, avec un réglage fondé sur la dureté mesurée de cette eau.
Que risque-t-on si le puits est relié au réseau public ?
Un retour d'eau du puits vers le réseau public, à la faveur d'une baisse de pression, pourrait contaminer l'eau distribuée aux voisins. C'est pourquoi aucune liaison ne doit exister, même par une vanne fermée. Si votre maison présente un tel raccordement, faites-le supprimer : les deux réseaux doivent devenir totalement indépendants, chacun avec ses propres canalisations.