Les usages autorisés
L'arrêté du 21 août 2008 encadre la récupération des eaux de pluie et leur usage, à l'intérieur comme à l'extérieur des bâtiments. À l'extérieur, l'arrosage du jardin reste l'usage le plus courant. À l'intérieur, l'eau de pluie peut alimenter les WC et, dans les conditions que le texte précise, le lave-linge. Avant tout projet, lisez l'arrêté ou faites vérifier la conception de l'installation par un professionnel.
L'eau de pluie n'est pas une eau potable. Elle lessive le toit, les gouttières et l'air, et se charge de poussières, de débris végétaux et de micro-organismes. Elle ne sert donc ni à boire, ni à cuisiner, ni à la toilette, ni à laver la vaisselle. Le matériau de la couverture compte aussi : certaines toitures anciennes ou traitées ne conviennent pas à une eau destinée à des usages intérieurs, et méritent une vérification préalable.
La cuve et la filtration
La cuve, enterrée ou posée hors sol, reçoit l'eau des descentes de gouttières. Elle doit être opaque, pour empêcher le développement d'algues, fermée, pour éviter l'entrée d'animaux et protéger les enfants, et à l'abri du gel si elle est hors sol. Son trop-plein évacue l'excédent vers le réseau pluvial ou un puisard, avec un dispositif qui empêche les remontées et les nuisibles. Un regard d'accès permet de l'inspecter et de la nettoyer.
La filtration commence avant la cuve : une crapaudine ou un panier retient les feuilles dans les gouttières, puis un filtre placé avant l'entrée de la cuve arrête les débris plus fins. L'arrivée se fait par le fond, sans remuer les dépôts. Pour un usage intérieur, on ajoute après la pompe un filtre fin, qui protège les mécanismes de chasse et le lave-linge. La pompe, enfin, demande une alimentation électrique posée par un électricien.
Le volume de la cuve se choisit selon la surface de toit raccordée, la pluie qui tombe localement au fil de l'année et les usages prévus. Une cuve trop petite déborde à chaque averse et se vide vite en été ; une cuve trop grande garde longtemps une eau qui stagne. Le calcul se fait au cas par cas, en tenant compte de la place disponible et de l'accès pour l'entretien.
Un réseau séparé
Dans la maison, l'eau de pluie circule dans son propre réseau, distinct sur tout son parcours de celui de l'eau potable. Les deux réseaux ne partagent aucun tuyau, aucun raccord, aucune vanne. On choisit des canalisations d'une autre matière ou d'une autre couleur, ou on les repère sur toute leur longueur, pour qu'aucune confusion ne soit possible lors de travaux ultérieurs.
Un WC alimenté en eau de pluie a son propre robinet d'arrêt, sur le circuit d'eau de pluie. Le lave-linge, s'il en reçoit, se raccorde de la même façon, tout comme les robinets du jardin. Le plan de l'installation, avec le tracé des deux réseaux, se conserve dans le dossier de la maison : il servira à tout intervenant, et à un futur acquéreur, pour comprendre ce qui alimente quoi.
Pas de mélange avec l'eau du réseau
Le point le plus sensible est l'appoint. Quand la cuve est vide, après une période sèche, il faut bien alimenter les WC : l'eau du réseau prend alors le relais. Cet appoint ne doit jamais créer de liaison directe entre les deux réseaux. Il se fait par surverse, c'est-à-dire par une arrivée d'eau potable qui débouche à l'air libre au-dessus de la cuve ou d'un bac de disconnexion, sans pouvoir être atteinte par l'eau de pluie.
Cet espace d'air libre, qu'aucune vanne ni aucun clapet ne remplace, empêche l'eau de pluie d'être aspirée vers l'eau potable lors d'une baisse de pression. La norme NF EN 1717 traite de cette protection de l'eau potable contre les retours d'eau dans les réseaux intérieurs. Un appoint automatique, commandé par un flotteur, se règle pour que l'arrivée reste toujours au-dessus du niveau le plus haut que l'eau de pluie peut atteindre.
Repérer les points d'eau
Chaque robinet et chaque point de soutirage alimenté par l'eau de pluie porte une mention claire, eau non potable, accompagnée d'un repère visuel compréhensible par tous, enfants et invités compris. Ce repérage se place à côté du robinet, de façon durable, et non sur une étiquette qui se décolle à la première averse. Les canalisations visibles, dans le garage ou la cave, sont repérées elles aussi.
À l'extérieur, un robinet à clé amovible évite qu'un enfant ou un visiteur s'y désaltère. Dans la maison, les seuls points d'eau de pluie sont ceux qu'on a décidés : réservoirs de WC, raccord du lave-linge. Un robinet d'eau de pluie dans une buanderie, à côté d'un évier, serait une source de confusion. En cas de location ou de vente, ces dispositions se signalent explicitement aux occupants.
L'entretien au fil des ans
Une installation d'eau de pluie s'entretient comme un petit réseau. Les gouttières et leurs paniers se nettoient, surtout après la chute des feuilles. Le filtre d'entrée de la cuve se rince ; le filtre fin placé après la pompe se change ou se lave selon son modèle. La cuve elle-même se vidange et se nettoie de temps en temps, pour retirer les boues accumulées au fond, et sa fermeture se vérifie.
Une eau stockée trop longtemps, tiède et chargée de débris, prend une odeur et tache les cuvettes : c'est le signe qu'un nettoyage s'impose. Un carnet d'entretien, tenu près de la cuve ou de la pompe, garde la trace des opérations. Chaque saison, ou après une intervention, quelques contrôles évitent les mauvaises surprises :
- le bon fonctionnement de la pompe et de son pressostat
- la position de l'arrivée d'appoint, toujours au-dessus du niveau maximal de la cuve
- l'état des repères eau non potable aux points de soutirage
- l'absence de toute liaison nouvelle avec le réseau d'eau potable
- la vidange des canalisations extérieures avant les gelées
Questions fréquentes
Une cuve d'eau de pluie peut-elle alimenter toute la maison ?
Non. L'eau de pluie n'est pas potable : elle ne peut alimenter ni la cuisine, ni la salle de bain, ni aucun usage de boisson ou d'hygiène corporelle. Elle se limite aux usages encadrés par l'arrêté du 21 août 2008, comme les WC, l'arrosage et, sous conditions, le lave-linge. Le reste de la maison demeure raccordé au seul réseau d'eau potable.
La cuve est vide après une sécheresse : comment les WC sont-ils alimentés ?
Par l'appoint en eau du réseau, qui se fait par surverse, au-dessus du niveau de la cuve ou dans un bac de disconnexion. L'eau potable fournit alors le nécessaire, sans aucune liaison directe avec l'eau de pluie. Ce dispositif se vérifie à la mise en service, puis lors de chaque entretien, car un flotteur déréglé peut le compromettre.
Les mécanismes de chasse supportent-ils l'eau de pluie ?
Plutôt bien, si elle est correctement filtrée : naturellement peu calcaire, elle n'entartre pas les robinets flotteurs. Les débris fins, en revanche, peuvent gêner les mécanismes et user les joints. Un filtre fin après la pompe, entretenu régulièrement, et un nettoyage périodique de la cuve suffisent en général. Une eau qui sent ou qui tache signale une cuve à nettoyer.