Pourquoi équilibrer l'eau
Une eau déséquilibrée a deux visages. Entartrante, elle dépose du calcaire sur la ligne d'eau, dans le filtre, sur la cellule d'électrolyse et dans l'échangeur de la pompe à chaleur ; elle devient laiteuse et rêche au toucher. Agressive, elle attaque au contraire ce qu'elle touche : joints de carrelage qui se creusent, enduits qui farinent, métaux qui se piquent, liner qui se ride.
Entre les deux, une eau équilibrée ne dépose rien et n'attaque rien. Elle ménage les équipements, garde sa transparence et laisse le désinfectant agir pleinement, ce qui évite d'en ajouter davantage. L'équilibre ne se devine pas à l'œil, car une eau limpide peut être agressive. Il se mesure régulièrement, avec une trousse fiable, et chaque valeur se compare à la plage que donnent la trousse et la notice du traitement.
Le pH de l'eau
Le pH situe l'eau entre acide et basique. C'est la mesure qui bouge le plus, et celle qui pèse le plus sur les autres : quand il monte, le chlore agit beaucoup moins et le calcaire précipite ; quand il descend, l'eau devient agressive et irritante. Il se contrôle donc souvent, plus encore en début de saison, par forte chaleur et après une journée de grande fréquentation.
Plusieurs causes le font dériver. L'électrolyse au sel, les cascades et la nage à contre-courant, qui aèrent l'eau, le font monter, tout comme un enduit ou un béton neufs. Les pluies abondantes et certains désinfectants acides le font plutôt baisser. Le pH se corrige avec un produit acide ou basique, dosé selon la notice et le volume du bassin, et versé filtration en marche, loin des baigneurs.
L'alcalinité et son réglage
L'alcalinité, ou titre alcalimétrique complet (TAC), mesure la réserve de bicarbonates dissous dans l'eau. Elle agit comme un amortisseur : une alcalinité suffisante empêche le pH de varier brusquement à chaque pluie ou à chaque traitement. Trop basse, elle laisse le pH instable et difficile à tenir ; trop haute, elle le fait remonter sans cesse et résister aux corrections, ce qui pousse à verser toujours plus de produit.
C'est pourquoi l'alcalinité se règle avant le pH. On la relève avec un correcteur d'alcalinité, on l'abaisse par des apports d'acide répétés et mesurés, en laissant à l'eau le temps de se stabiliser entre deux mesures. L'eau de remplissage fixe souvent le point de départ : une eau du réseau très calcaire apporte aussi beaucoup de bicarbonates, d'où un pH qui remonte de lui-même.
La dureté calcique
La dureté calcique mesure le calcium dissous. Elle vient surtout de l'eau de remplissage, et elle augmente au fil des appoints, puisque l'évaporation emporte l'eau et abandonne ses minéraux dans le bassin. Une dureté élevée favorise le tartre dès que le pH ou la température montent ; une dureté trop faible rend l'eau avide de calcium, qu'elle prend alors aux joints, aux enduits et au béton.
Pour connaître le point de départ, cherchez la dureté de votre réseau dans les analyses du contrôle sanitaire, rendues publiques par le ministère de la Santé pour chaque réseau de distribution, puis mesurez celle du bassin avec votre trousse. On ne baisse guère la dureté par un produit : on la tient sous contrôle par le pH et, si besoin, par un séquestrant, qui garde le calcaire en solution. Quand elle a trop monté, on renouvelle une partie de l'eau.
Le stabilisant et ses limites
Le stabilisant, l'acide cyanurique, protège le chlore des ultraviolets, qui le détruisent vite dans une piscine extérieure. Il arrive dans l'eau avec les galets et les pastilles de chlore dits stabilisés, ou s'ajoute seul. À dose modérée, il fait durer le chlore ; en excès, il le bride, au point qu'une eau chlorée en apparence peut laisser les algues s'installer.
Ce produit ne disparaît ni par la filtration ni par l'évaporation. Il s'accumule de saison en saison quand on emploie des galets stabilisés, et il faut renouveler une partie de l'eau pour en abaisser la teneur. Mesurez-le au moins en début de saison ; s'il est déjà élevé, passez à un chlore non stabilisé ou à l'électrolyse. Une piscine couverte ou intérieure, peu exposée au soleil, en a moins besoin.
Corriger dans le bon ordre
Les corrections s'enchaînent dans un ordre qui évite de défaire ce que l'on vient de faire. On mesure d'abord, filtration en marche depuis un moment, sur un échantillon prélevé loin des refoulements. On corrige ensuite une seule valeur à la fois, par petites doses, en laissant l'eau se mélanger avant de mesurer de nouveau. Chaque produit se verse séparément, jamais deux en même temps.
Les correcteurs de pH et d'alcalinité sont des acides ou des bases concentrés. Portez des gants et des lunettes, versez toujours le produit dans l'eau et jamais l'eau sur le produit, et diluez-le dans un seau d'eau du bassin quand la notice le demande. Rangez chaque bidon bien fermé, dans son emballage d'origine, à l'écart des produits chlorés.
Tenez un carnet de vos mesures et de vos corrections, avec la météo et la fréquentation : les dérives se lisent sur plusieurs semaines, et l'on comprend vite ce que la pluie, la chaleur ou une fête au bord de l'eau font à votre bassin. L'ordre de correction habituel est le suivant :
- l'alcalinité, qui stabilise le pH
- le pH, dans la plage indiquée par votre trousse
- la dureté calcique, surtout avec une eau de remplissage calcaire
- le stabilisant, vérifié avant de choisir la forme de chlore
- le désinfectant, en dernier, dans une eau enfin équilibrée
Questions fréquentes
Pourquoi le pH remonte-t-il sans cesse ?
Les causes habituelles sont une alcalinité trop haute, une électrolyse au sel, une eau brassée par une cascade ou une nage à contre-courant, ou un revêtement à base de ciment encore jeune. Corrigez d'abord l'alcalinité, puis le pH ; avec un électrolyseur, une régulation automatique du pH évite de courir après la dérive.
Les bandelettes suffisent-elles pour mesurer l'eau ?
Elles donnent une indication rapide, utile au quotidien, mais leur lecture dépend de l'œil et de la lumière, et elles craignent l'humidité une fois le flacon ouvert. Une trousse à réactifs ou un photomètre offre des valeurs plus précises. Comparez de temps en temps vos résultats avec une analyse faite par un professionnel, surtout avant une grosse correction.


