Deux disques qui glissent
Dans un mitigeur mécanique, celui qui se commande par un seul levier, la cartouche contient deux disques de céramique technique polis jusqu'à une planéité extrême. Le disque inférieur est fixe et percé de passages pour l'eau chaude, l'eau froide et la sortie. Le disque supérieur, entraîné par le levier, se déplace sur lui : en levant, on découvre les passages et le débit augmente ; en tournant, on dose la part de chaud et de froid.
L'étanchéité ne vient d'aucun joint écrasé, comme dans les anciens robinets à clapet : elle tient au contact parfait des deux surfaces, lubrifiées par une graisse spéciale. C'est ce qui donne au mitigeur sa douceur et sa précision. La norme NF EN 817 traite des mitigeurs mécaniques (PN 10), et un modèle qui s'en réclame l'indique sur sa fiche technique. Sur une robinetterie de qualité, la cartouche est une pièce d'usure, prévue pour être remplacée.
Les signes d'usure
Une cartouche fatiguée se signale de plusieurs façons, plus ou moins discrètes. Le plus souvent, c'est une goutte au bec, robinet fermé, qui finit par devenir un filet continu. Parfois, c'est la manœuvre qui change : un levier dur, qui accroche, ou au contraire qui flotte avec du jeu. La température peut aussi devenir difficile à régler, avec des sauts brusques entre le chaud et le froid.
Avant de mettre la cartouche en cause, éliminez les fausses pistes : un mousseur entartré réduit le débit sans provoquer de goutte, et une fuite au pied du robinet peut venir d'un simple joint torique, l'anneau de caoutchouc qui assure l'étanchéité entre deux pièces. Les symptômes qui désignent bien la cartouche :
- une goutte ou un filet au bec, levier fermé
- un levier dur, saccadé ou qui prend du jeu
- une température qui saute au lieu de varier progressivement
- de l'eau qui sort sous le levier ou autour de la cloche, ce capot qui coiffe la cartouche
Calcaire et impuretés
Le calcaire est l'ennemi le plus constant. Il se dépose entre les disques et sur leurs bords, surtout côté eau chaude, freine le glissement et finit par rayer la céramique. Une seule rayure suffit à créer un passage permanent : le robinet goutte, et aucun serrage n'y remédie. Plus l'eau est dure et chaude, plus cette usure arrive tôt ; dans une maison à l'eau très calcaire, un traitement de l'eau protège toutes les cartouches à la fois.
Les impuretés agissent plus brutalement. Grains de sable, particules de rouille, copeaux de cuivre, fibres de filasse, ce chanvre employé pour étancher les filetages : après des travaux sur le réseau intérieur ou une intervention sur le réseau public, l'eau charrie des débris qui se coincent entre les disques. Un mitigeur qui se met à goutter juste après une coupure d'eau en est souvent la victime. Un filtre placé en amont réduit ce risque.
Trouver la bonne cartouche
Les cartouches ne sont pas universelles. Elles diffèrent par leur diamètre, leur hauteur, la forme et le nombre des cannelures de leur axe, ces dents qui entraînent le levier, la position des ergots qui les calent dans le corps, et la présence éventuelle d'un limiteur de température ou de débit. Deux cartouches d'aspect proche peuvent ne pas s'échanger, et une pièce presque compatible fuit ou abîme le corps au serrage.
La méthode la plus sûre part de la référence du mitigeur, relevée sur la notice, la facture ou parfois sous l'appareil, pour commander la pièce d'origine. À défaut, on démonte l'ancienne cartouche et on l'apporte au point de vente pour comparer. Des cartouches adaptables existent, mais sur une robinetterie de prix, la pièce d'origine assure la précision de manœuvre et la bonne tenue de la poignée.
Remplacer sans abîmer la finition
Sur une robinetterie de prix, l'enjeu n'est pas seulement de changer une pièce, mais de ne laisser aucune trace. Les finitions chromées, brossées ou PVD se rayent au premier contact d'une pince. On travaille donc avec des outils adaptés, clé à sangle ou clé garnie, et chaque surface d'appui reçoit un chiffon épais. L'eau est coupée en amont, aux robinets d'arrêt sous la vasque ou au robinet général, et le robinet ouvert pour faire tomber la pression.
L'ordre des opérations compte, et chaque étape a son piège : une vis de blocage cachée sous un cache, une cloche grippée par le calcaire, un écrou qui entraîne le corps si on ne le retient pas. Sur un mitigeur encastré, la façade se dépose de la même façon, poignée d'abord. Les étapes, dans l'ordre :
- retirer le cache, puis la vis de blocage du levier, souvent à six pans
- déposer le levier et dévisser la cloche à la main ou à la clé à sangle
- desserrer l'écrou de la cartouche en retenant le corps du mitigeur
- nettoyer le logement sans abrasif et contrôler les joints
- placer la cartouche neuve sur ses ergots et serrer modérément
- rouvrir l'eau lentement, puis vérifier l'étanchéité et la manœuvre
Prolonger sa durée
Une cartouche céramique se ferme sans force : les disques assurent l'étanchéité dès qu'ils sont en position, et appuyer sur le levier fermé n'apporte rien, sinon de l'usure. Manœuvrez-le avec douceur, sans le claquer en butée. Nettoyez régulièrement le mousseur, qui retient une partie des impuretés, et faites contrôler les filtres d'entrée quand le mitigeur en possède. Une pression excessive fatigue aussi les joints : un réducteur de pression bien réglé les ménage.
Dans une maison à l'eau dure, l'adoucisseur reste la protection la plus efficace pour toutes les cartouches, celles des mitigeurs comme celles des thermostatiques. Dans une résidence secondaire, laissez couler l'eau quelques instants à chaque arrivée, pour évacuer l'eau stagnante et d'éventuels dépôts. Gardez enfin la référence de chaque mitigeur dans le dossier de la maison : le jour venu, la bonne cartouche se commande sans démonter.
Questions fréquentes
Faut-il remplacer tout le mitigeur quand il goutte ?
Rarement. Si le corps est sain et la cartouche disponible, son remplacement suffit à supprimer la goutte et à retrouver une manœuvre souple. Le changement complet se justifie quand le corps est corrodé ou fissuré, quand la finition est très abîmée, ou quand plus aucune pièce détachée n'existe pour ce modèle.
Une cartouche entartrée peut-elle se nettoyer ?
Parfois, quand le dépôt est léger et que les disques ne sont pas rayés : un bain dans un détartrant compatible avec les joints, suivi d'un rinçage, peut lui rendre sa souplesse, si la notice du fabricant l'autorise. Mais une cartouche qui goutte a presque toujours une céramique marquée, et le nettoyage n'y change rien. Au moindre doute, mieux vaut la remplacer.
Quelle graisse employer au remontage d'une cartouche ?
Uniquement une graisse silicone prévue pour la robinetterie sanitaire, appliquée en fine couche sur les joints toriques. Les graisses ordinaires, à base de produits pétroliers, font gonfler et durcir les joints, et finissent par provoquer la fuite qu'on voulait éviter. Les disques céramiques, eux, sont lubrifiés en usine : on n'y ajoute rien.