Traitement de l'eau Guide

Filtre à sédiments : protéger le réseau à l'arrivée

Un grain de sable suffit à faire goutter un robinet neuf ou à gripper la cartouche d'un mitigeur. Posé à l'arrivée d'eau, le filtre à sédiments arrête ces particules avant qu'elles n'atteignent la robinetterie, le chauffe-eau ou l'adoucisseur. C'est le plus simple des traitements, et celui qui protège tous les autres, pourvu qu'il soit bien placé et entretenu.

Verre d'eau transparent à moitié plein

Visuel d'illustration.

Le premier maillon

L'eau du réseau public est contrôlée, mais elle n'arrive pas toujours parfaitement limpide au compteur. Des travaux sur une conduite, une coupure suivie d'une remise en eau, un changement de débit dans une canalisation ancienne mettent en mouvement des particules : sable fin, paillettes de rouille, dépôts détachés des parois. Leur effet se voit surtout sur les équipements qu'elles traversent, et il s'accumule sans bruit.

Le filtre à sédiments est donc le premier maillon de toute chaîne de traitement. Il protège les joints et les cartouches de la robinetterie, les clapets, le réducteur de pression, les électrovannes des machines et la vanne d'un adoucisseur, dont les pièces mobiles supportent mal les grains durs. Il s'insère dans un réseau intérieur que la norme NF EN 806 encadre, puisqu'elle fixe les spécifications des installations d'eau destinée à la consommation humaine à l'intérieur des bâtiments.

Ce que retient le filtre

Un filtre à sédiments fonctionne comme un tamis : il arrête les particules plus grosses que ses mailles, et laisse passer tout le reste. Il retient le sable, la rouille, les grains de tartre détachés, les fibres et les débris laissés par un chantier, comme les copeaux de métal ou les restes de pâte à joint. Il évite qu'ils ne se logent dans le siège d'un robinet, un mousseur ou une buse de douche.

Il ne retient en revanche rien de ce qui est dissous dans l'eau. Le calcaire reste, le chlore aussi, et le goût de l'eau ne change pas. Il n'arrête pas les bactéries et ne désinfecte rien. Il ne règle pas davantage la question des métaux dissous, comme le plomb d'anciennes canalisations, qui se traite en remplaçant les tuyaux concernés. Le présenter comme un purificateur serait donc trompeur.

Où le placer

Le filtre se pose sur l'arrivée générale, juste après le compteur et le robinet d'arrêt, avant le réducteur de pression et avant tout appareil de traitement. Ainsi placé, il protège la totalité de la maison. On l'installe à un endroit accessible, avec assez de dégagement sous le bol pour le dévisser, et une vanne d'isolement de chaque côté, pour l'entretenir sans vider le réseau.

Le bol transparent, quand il en a un, permet de voir l'encrassement, mais il craint le soleil, qui favorise le développement d'algues, et le gel, qui peut le fendre. On le place donc dans un local abrité, à l'écart de la lumière directe. Un bol opaque ou métallique convient mieux dans un garage exposé. Sous le filtre, un sol qui supporte quelques projections d'eau évite les mauvaises surprises lors des purges.

Finesse et cartouches

La finesse de filtration s'exprime en microns : elle correspond à la taille des plus petites particules retenues. Plus la maille est fine, plus le filtre arrête de particules, mais plus il s'encrasse vite et freine le débit. À l'arrivée d'une maison, on choisit une finesse qui protège les équipements sans étrangler l'eau : un filtre trop fin, colmaté en quelques semaines, finit souvent démonté et jamais remis.

Deux familles de cartouches coexistent. Les cartouches lavables, à tamis en inox ou en nylon, se rincent et se réutilisent ; certains filtres, dits autonettoyants, se purgent même par un simple robinet qui chasse les dépôts à contre-courant. Les cartouches jetables, en fibres bobinées ou en polypropylène soufflé, retiennent des particules plus fines mais se remplacent à chaque entretien. Le choix dépend de l'eau, de la place et de la personne qui s'en occupera.

Quand plusieurs filtres se succèdent, on les échelonne du plus grossier au plus fin. Un premier tamis lavable arrête le gros des particules et protège une cartouche plus fine placée après lui, qui s'encrasse alors beaucoup moins vite. Cette disposition se rencontre en amont d'une osmose ou d'un appareil exigeant, et sur les réseaux qui charrient régulièrement du sable.

Entretenir le filtre

Un filtre encrassé fait baisser la pression dans toute la maison, et une cartouche oubliée peut devenir un milieu favorable aux bactéries. L'entretien suit l'état du filtre plutôt qu'un calendrier fixe : bol qui se teinte, débit qui diminue, ou écart de pression entre l'entrée et la sortie, lisible sur les manomètres de certains modèles. Les périodes de travaux sur le réseau public demandent un contrôle plus rapproché.

L'opération elle-même est simple, mais elle suit un ordre précis, qui évite les fuites et les cartouches mal remises en place. Avant de commencer, prévoyez un seau, un chiffon et la cartouche de rechange, de même dimension et de même finesse que l'ancienne, puis procédez dans cet ordre, sans jamais forcer sur le bol :

  • fermer les vannes d'isolement de part et d'autre du filtre
  • purger la pression par le bouton prévu, puis dévisser le bol avec sa clé
  • rincer la cartouche lavable, ou remplacer la cartouche jetable
  • nettoyer le bol, contrôler le joint torique et le graisser avec une graisse compatible avec l'eau potable
  • remettre en eau doucement, vérifier l'étanchéité et noter la date

Le cas des réseaux anciens

Dans une maison ancienne, une partie des particules naît à l'intérieur. Les tuyaux en acier galvanisé rouillent de l'intérieur et relâchent des paillettes, surtout après une coupure d'eau ou une variation de pression. Le filtre placé à l'arrivée n'arrête pas ces dépôts, puisqu'ils se forment après lui : on peut alors ajouter un second filtre en amont d'un équipement sensible, chauffe-eau, adoucisseur ou mitigeur thermostatique.

Un filtre ne traite pourtant que les symptômes. Une eau qui sort rouillée, des mousseurs qui se bouchent sans cesse ou une pression qui baisse d'année en année signalent un réseau à diagnostiquer, et souvent à remplacer par tronçons. Le remplacement des canalisations en acier galvanisé ou en plomb se planifie ; le filtre, lui, protège les équipements neufs pendant et après ces travaux, quand les particules sont les plus nombreuses.

Questions fréquentes

Un filtre à sédiments réduit-il la pression de la maison ?

Un filtre propre et bien dimensionné ne crée qu'une perte de charge modeste. C'est l'encrassement qui fait chuter la pression, parfois si progressivement qu'on ne le remarque plus. Si le débit baisse dans toute la maison, contrôlez d'abord la cartouche : c'est la vérification la plus simple, avant d'incriminer le réseau ou le réducteur de pression.

Après une coupure du réseau, l'eau sort trouble : comment réagir ?

Laissez couler l'eau froide à un robinet de baignoire ou à un robinet extérieur jusqu'à ce qu'elle redevienne claire, avant de lancer le lave-linge ou de tirer de l'eau chaude. Contrôlez ensuite le filtre, qui a souvent arrêté l'essentiel des dépôts, et rincez les mousseurs. Si le trouble persiste, interrogez le service des eaux.

Ajouter un filtre sur une installation existante est-il compliqué ?

Presque jamais. Le filtre s'intercale sur l'arrivée générale, après le compteur, en coupant la canalisation et en ajoutant des raccords et des vannes d'isolement. Il faut seulement trouver un endroit accessible, hors gel, avec la place de dévisser le bol. L'intervention est l'occasion de vérifier le robinet d'arrêt et le clapet anti-retour.