Traitement de l'eau Guide

Filtre à charbon actif : goût de chlore et odeurs

Le léger goût de chlore de l'eau du robinet n'a rien d'anormal : il témoigne de la désinfection du réseau. Il gêne pourtant beaucoup de gens, dans un verre d'eau comme dans le thé. Le filtre à charbon actif répond à ce confort de boisson, à condition de savoir ce qu'il retient, ce qu'il laisse passer, et de changer sa cartouche à temps.

Verre d'eau du robinet sur fond blanc

Visuel d'illustration.

Le goût de l'eau

Le chlore est ajouté à l'eau du réseau pour qu'elle reste saine jusqu'au robinet, tout au long des canalisations qu'elle parcourt. Sa présence est voulue, et son goût varie selon la distance au point de traitement et la température de l'eau. D'autres goûts ont d'autres origines : une note terreuse ou de moisi vient parfois de molécules naturelles présentes dans la ressource, un goût métallique plutôt de la plomberie intérieure.

Avant de filtrer, il est utile d'identifier ce que l'on goûte. Un goût qui s'estompe quand l'eau repose quelques heures en carafe au réfrigérateur est typique du chlore. Un goût qui n'apparaît qu'à l'eau chaude oriente vers le ballon ; un goût qui n'existe qu'à un seul robinet, vers ce robinet ou sa canalisation. Ces derniers cas relèvent d'un diagnostic de plomberie, pas d'un filtre.

Ce que retient le charbon actif

Le charbon actif est un charbon traité pour présenter une immense surface intérieure, criblée de pores. Les molécules qui passent à son contact s'y fixent : c'est l'adsorption. Il retient ainsi une grande partie du chlore et certains composés organiques responsables de goûts et d'odeurs. On le trouve en grains, dans des cartouches où l'eau circule entre eux, ou en bloc compressé, plus dense, qui arrête aussi les particules fines.

Le bloc compressé offre un contact plus long entre l'eau et le charbon, au prix d'un débit plus faible : il convient à un robinet de boisson, pas à une douche. Les grains laissent passer davantage d'eau, mais celle-ci peut s'y frayer des chemins préférentiels qui réduisent le contact. Dans les deux cas, le résultat dépend du temps de contact : un filtre traversé trop vite retient moins.

Sous l'évier ou à l'arrivée

Pour l'eau de boisson, la place naturelle du filtre est sous l'évier, sur l'eau froide qui alimente un robinet dédié ou la voie filtrée d'un robinet trois voies. On ne filtre ainsi que l'eau que l'on boit et avec laquelle on cuisine, quelques litres par jour, ce qui ménage la cartouche. Dans une maison équipée d'un adoucisseur, ce filtre se branche de préférence sur le circuit d'eau non adoucie.

Un filtre à charbon posé sur l'arrivée générale traite toute la maison, mais il retire aussi le chlore de l'eau qui dort ensuite dans les tuyaux, le ballon et les points d'eau peu utilisés. Cette eau perd alors sa protection contre le développement des bactéries. Sur une eau du réseau public, ce choix se justifie rarement ; il se discute surtout pour une eau de puits analysée, au sein d'une chaîne de traitement complète.

Changer la cartouche à temps

Le charbon se sature : une fois ses pores occupés, il ne retient plus rien, et le goût revient. Le vrai risque est pourtant ailleurs. Une cartouche qui a retiré le chlore offre aux bactéries un support humide, nourri des matières qu'elle a fixées. Gardée trop longtemps, surtout dans une eau tiède ou peu tirée, elle peut dégrader l'eau qu'elle devait améliorer.

On change donc la cartouche selon la notice, au volume filtré ou à la durée, au premier des deux termes atteint, même si le goût reste bon. Certains boîtiers comptent les litres et signalent l'échéance. Après un remplacement, on laisse couler l'eau quelques instants pour chasser les fines poussières de charbon. Après une absence prolongée, on fait de même avant de boire, ou l'on remplace la cartouche si la notice le demande.

Lors du remplacement, l'hygiène compte autant que la cartouche elle-même. On se lave les mains, on ferme l'arrivée et l'on purge la pression, puis l'on nettoie l'intérieur du boîtier avant d'y placer la cartouche neuve, sans toucher ses joints ni sa surface filtrante. Le boîtier reste à l'écart des sources de chaleur du meuble, comme un lave-vaisselle mal isolé, qui tiédissent l'eau en attente.

Les limites à connaître

Le charbon actif ne retire pas le calcaire : l'eau filtrée garde sa dureté, et la bouilloire continue de s'entartrer. Il ne retient ni les nitrates ni les sels dissous, et il ne désinfecte pas. Il ne rend pas potable une eau qui ne l'est pas : sur une eau de puits, il n'intervient qu'après une analyse, et souvent derrière d'autres traitements. Il ne corrige pas non plus un défaut de la plomberie intérieure.

Méfiez-vous des promesses chiffrées sur les substances retenues. Les performances annoncées dépendent des conditions d'essai, du débit et de l'état de la cartouche, et elles baissent à mesure qu'elle se charge. Demandez la fiche technique et les essais sur lesquels elle repose. Pour un simple confort de goût, ces précisions comptent peu ; pour un problème de qualité identifié par une analyse, elles sont indispensables avant d'acheter.

L'associer à d'autres traitements

Le charbon actif trouve sa place dans une chaîne de traitement cohérente. En amont, un filtre à sédiments arrête les particules qui colmateraient sa surface. Dans une osmose inverse, il sert de préfiltre pour protéger la membrane du chlore, puis parfois de postfiltre pour affiner le goût. Sur une eau de puits, il vient après la filtration et les traitements dictés par l'analyse, jamais à leur place.

Quel que soit l'assemblage, chaque élément garde son propre entretien, avec ses dates, et l'on évite d'empiler des filtres sans raison : chaque cartouche de plus est une cartouche à changer, et un risque d'oubli. Dans une maison équipée d'un adoucisseur, l'ordre habituel, de l'arrivée d'eau jusqu'au verre, est en général le suivant :

  • le filtre à sédiments, sur l'arrivée générale
  • le piquage d'eau brute, placé avant l'adoucisseur
  • le filtre à charbon actif, sous l'évier
  • le robinet de boisson, ou la voie filtrée d'un robinet trois voies

Questions fréquentes

Une carafe filtrante remplace-t-elle un filtre sous évier ?

Pour un petit volume, elle rend le même service de goût, à condition de changer sa cartouche au rythme indiqué et de garder la carafe au frais. Elle demande en revanche des gestes répétés et une hygiène stricte. Un filtre sous évier, raccordé à un robinet dédié, se fait davantage oublier, mais son entretien reste tout aussi indispensable.

Le filtre change-t-il le goût du café et du thé ?

Souvent, oui, puisque le chlore et certaines molécules odorantes disparaissent en grande partie. En revanche, la dureté reste la même : une eau calcaire filtrée au charbon continue de voiler la tasse et d'entartrer la machine. Pour ce dernier point, la notice de la machine indique s'il faut une eau adoucie ou une cartouche propre à l'appareil.

Pourquoi changer la cartouche si l'eau a toujours bon goût ?

Parce que le goût ne dit rien de l'hygiène de la cartouche. Un charbon qui a fixé le chlore et des matières organiques devient, avec le temps, un support pour les bactéries, surtout si l'eau y stagne. La notice fixe une échéance en volume ou en durée : respectez la première atteinte, et notez la date de pose sur le boîtier.