Bien-être Guide

Hammam maçonné : étanchéité, plafond, évacuation

Construire un hammam, c'est bâtir une pièce où l'air reste saturé d'eau chaude pendant toute la séance. La vapeur cherche chaque fissure, chaque angle mal traité, chaque traversée de tuyau, puis se condense sur la première surface froide. La réussite tient à une enveloppe continue, du sol au plafond, pensée avant le choix des revêtements.

Hammam (bain de vapeur) moderne à l'éclairage tamisé

Visuel d'illustration.

Une pièce close et saturée

Dans un hammam, la vapeur occupe tout le volume, et l'humidité migre à travers les matériaux poreux, du côté chaud vers le côté froid. Un mur simplement carrelé la laisse passer jusqu'à l'intérieur de la cloison, où elle se condense contre l'isolant ou la maçonnerie. Les dégâts restent invisibles pendant longtemps, puis apparaissent sous forme de taches, de cloques ou de moisissures dans la pièce voisine.

Les exigences dépassent donc celles d'une douche, même à l'italienne. Une douche reçoit des projections pendant quelques minutes, puis sèche. Une cabine de vapeur reste saturée pendant toute la séance, sur les murs, le plafond et la banquette, avec une eau condensée qui ruisselle sans arrêt. Chaque choix de construction répond à cette contrainte : étancher partout, isoler pour limiter la condensation, guider l'eau vers une évacuation.

Étancher les murs et le plafond

L'étanchéité enveloppe toutes les faces de la cabine : sol, murs, plafond, banquette et niches. Elle se pose sur un support sain et plan, et ne s'interrompt nulle part. Des bandes armées renforcent les angles, les jonctions entre panneaux et le pourtour de chaque traversée, qu'il s'agisse de la buse de vapeur, de la sonde, d'un luminaire ou du siphon. C'est dans ces points singuliers que commencent la plupart des infiltrations.

Ces protections appartiennent à deux familles : les SPEC, systèmes de protection à l'eau sous carrelage, et les SEL, systèmes d'étanchéité liquide, appliqués en couches sous le revêtement. Ils relèvent d'avis techniques ou de documents techniques d'application du CSTB. Demandez celui du système posé et lisez son domaine d'emploi : un produit prévu pour une douche ne couvre pas forcément une cabine de vapeur.

Au plafond, l'étanchéité est souvent négligée parce que l'eau n'y tombe pas. C'est pourtant là que l'air chaud et humide s'accumule. Un plafond étanché comme les murs, sur un support adapté aux ambiances très humides, empêche l'humidité de gagner le plénum, ce vide au-dessus du plafond, puis la charpente ou le plancher de l'étage.

Un plafond en pente

Sur un plafond plat, la vapeur forme des gouttes qui grossissent puis se détachent, froides, sur la nuque des occupants. On donne donc au plafond une pente régulière, ou une forme de voûte, pour que l'eau glisse vers les murs et descende le long des parois jusqu'au sol. Le sens de la pente se choisit de façon à éloigner les gouttes de la banquette et à les conduire vers le côté de l'évacuation.

La voûte, en berceau ou en coupole, est la forme traditionnelle du hammam. Elle se construit en maçonnerie ou en panneaux isolants cintrés, puis reçoit l'étanchéité et le revêtement comme le reste de la cabine. Plus simple, le plafond incliné se monte en panneaux plans posés en pente. Dans les deux cas, la hauteur reste mesurée : un volume réduit chauffe plus vite et demande un générateur moins puissant.

Le plafond reçoit souvent l'éclairage. Les luminaires conçus pour la chaleur humide, posés par un électricien, traversent l'étanchéité par des pièces prévues pour cela, et leurs alimentations se logent à l'extérieur de la cabine. Chaque percement ajouté après coup, pour un spot ou une fibre optique, crée une faiblesse de plus.

Isoler la cabine

Une paroi froide condense la vapeur : la cabine peine à monter en température, l'eau ruisselle davantage et le générateur travaille plus longtemps. On isole donc les murs, le plafond et souvent la banquette avec des panneaux rigides insensibles à l'eau, revêtus d'un mortier armé qui sert de support au carrelage. Ils se fixent sur la maçonnerie existante ou forment eux-mêmes les cloisons et les volumes de la cabine.

Contre un mur extérieur ou un mur ancien, l'isolation protège aussi la maçonnerie. Sans elle, la face intérieure du mur refroidit la vapeur, et l'humidité migre dans la pierre ou la brique. Sur une ossature en bois, un pare-vapeur, c'est-à-dire un film qui bloque le passage de l'humidité, complète l'ensemble du côté chaud. Le principe ne change pas : la vapeur s'arrête à la face intérieure de la cabine, jamais dans l'épaisseur du mur.

La porte et le seuil

La porte retient la vapeur pendant la séance et la libère ensuite. On choisit en général une porte en verre trempé, munie de joints sur son pourtour, qui s'ouvre vers l'extérieur de la cabine. Elle ne se verrouille pas : en cas de malaise, on doit pouvoir sortir d'une simple poussée, et un proche doit pouvoir ouvrir du dehors. Ses joints vieillissent à la chaleur et se remplacent comme des pièces d'usure.

Le seuil est un point délicat. L'eau condensée descend jusqu'au sol, et la cabine doit la garder chez elle. Une légère remontée, un profilé de seuil ou une pente du sol vers l'intérieur empêchent l'eau de passer sous la porte, sans créer de marche haute à franchir en sortant, quand la chaleur rend les gestes moins sûrs. L'étanchéité passe sous le seuil et se raccorde à celle de la pièce voisine.

Évacuation et nettoyage

Le sol présente une pente continue vers un siphon de sol ou un caniveau, placé à l'écart de la banquette et de la porte. L'eau qui s'y écoule vient de la condensation, du rinçage des parois et du ménage : le débit reste modeste, mais il s'écoule pendant toute la séance. Le siphon, choisi démontable, conserve une garde d'eau suffisante, cette réserve qui arrête les odeurs venues des égouts.

Les angles entre le sol et les murs se traitent en gorge arrondie ou avec un profilé, pour supprimer les recoins où l'eau stagne et où les dépôts s'installent. Une douchette ou un robinet d'eau froide, dans la cabine ou juste à côté, facilite le rinçage des parois et rafraîchit les baigneurs. Ce point d'eau se décide avec les plans, car il demande une alimentation de plus. Avant de refermer les murs, nous vérifions :

  • La continuité de l'étanchéité sur toutes les faces, plafond compris
  • Les renforts autour de la buse, de la sonde et du siphon
  • La pente du sol vers l'évacuation
  • La pente ou la voûte du plafond
  • L'écoulement réel, par un essai à l'eau avant la pose du revêtement

Questions fréquentes

Faut-il déposer tout le carrelage existant pour créer la cabine ?

Presque toujours. L'étanchéité doit reposer sur un support sain et se raccorder sans discontinuité, ce que l'ancien carrelage ne permet pas. La dépose permet aussi de contrôler les murs, de reprendre l'évacuation avec une pente suffisante et de construire le plafond de la cabine. Conserver l'existant fait gagner peu et fragilise tout l'ouvrage.

Quelle épaisseur de paroi prévoir autour de la cabine ?

Elle dépend de l'isolant et du système d'étanchéité retenus, de la nature du mur d'appui et de la place disponible. Les panneaux isolants revêtus prennent moins de place qu'une contre-cloison maçonnée. Le relevé fait lors de la visite permet de calculer la surface intérieure qui restera pour la banquette et le passage.

Une fenêtre dans le hammam pose-t-elle problème ?

Oui, le plus souvent : un vitrage donnant sur l'extérieur est une paroi froide, qui condense la vapeur et ruisselle. Si vous tenez à la lumière, une paroi ou une porte vitrée ouverte sur la salle de bain est préférable. Une fenêtre existante se condamne, ou se remplace par un vitrage très isolant, dans un cadre étanché comme le reste.