Traitement de l'eau Guide

Dureté de l'eau : comprendre le TH et le degré français

Sur une analyse d'eau, la dureté tient en deux lettres et un nombre : TH, suivi d'une valeur en degrés français. Ce nombre résume le calcium et le magnésium dissous, ceux qui blanchissent les parois de douche et entartrent les ballons. Savoir le lire évite de traiter une eau qui n'en a pas besoin, ou de négliger celle qui use la maison.

Verre d'eau transparent à moitié plein

Visuel d'illustration.

Ce que mesure le TH

Le TH, ou titre hydrotimétrique, mesure la quantité de calcium et de magnésium dissous dans l'eau. Ces deux éléments viennent des roches que l'eau a traversées avant d'être captée : une eau qui circule longtemps dans la craie ou le calcaire se charge, une eau issue de terrains granitiques reste peu minéralisée. La dureté n'est donc ni une pollution ni un défaut de traitement, mais la signature du sous-sol d'où vient la ressource.

Une partie de cette dureté est liée aux bicarbonates : c'est elle qui se dépose quand l'eau chauffe, sous forme de tartre. Le reste demeure dissous, même à chaud. Il ne faut pas confondre le TH avec le TAC, le titre alcalimétrique complet, qui mesure pour l'essentiel les bicarbonates et sert surtout à équilibrer l'eau d'une piscine. Les deux valeurs figurent parfois côte à côte sur une analyse, mais elles ne répondent pas à la même question.

Le degré français

En France, la dureté s'exprime en degrés français, notés °f, avec un f minuscule qui évite toute confusion avec les degrés Fahrenheit. Un degré français correspond à 10 mg de carbonate de calcium par litre. Le calcium et le magnésium sont additionnés, puis exprimés comme s'il s'agissait de carbonate de calcium : la valeur ne donne donc pas la teneur en calcium seul, mais la charge totale des deux éléments responsables de la dureté.

D'autres unités circulent, et c'est une source d'erreur fréquente. Une notice d'appareil importé peut raisonner en degrés allemands, un rapport de laboratoire en milligrammes ou en millimoles par litre. Avant de programmer un adoucisseur ou un lave-vaisselle, vérifiez l'unité attendue par l'appareil : la notice donne en général la conversion. Saisir une valeur en degrés français dans un menu prévu pour une autre unité fausse tous les réglages qui en découlent.

Eau douce, eau dure

Les grilles qui classent les eaux, de très douce à très dure, varient d'une source à l'autre, et aucune ne trace une frontière sanitaire. Les ordres de grandeur se comprennent mieux par l'usage. Une eau dure laisse vite un voile blanc sur le verre et une croûte dans la bouilloire, et le savon y mousse moins. Une eau douce marque peu les surfaces et laisse sous la douche une sensation plus glissante sur la peau.

Le repère le plus utile pour la maison vient du réglage des adoucisseurs : on garde en sortie d'appareil une dureté résiduelle de l'ordre de 8 à 15 °f. Dans cette plage, l'eau marque nettement moins les équipements sans devenir agressive pour les canalisations. Une eau naturellement très douce n'est pas idéale pour autant : peu minéralisée, elle peut se montrer agressive envers certains métaux, et l'on surveille alors de près les tuyauteries anciennes.

Ce que la dureté change

La chaleur est le premier moteur de l'entartrage. Dans un ballon d'eau chaude, le calcaire se dépose sur la résistance et au fond de la cuve. Dans un mitigeur thermostatique, il grippe la cartouche qui dose l'eau chaude et l'eau froide, et la température devient instable. Les électrovannes des machines, les buses d'un WC lavant et les jets d'une douche de tête s'obstruent à leur tour. Plus l'eau est dure et chaude, plus ces dépôts arrivent tôt.

Sur les surfaces, l'effet dépend des matières. Le verre et le chrome poli montrent des traces blanches qui partent à l'essuyage ; les finitions mates, brossées ou noires les retiennent davantage. Le marbre et les pierres calcaires posent un problème à part : les détartrants, souvent acides, attaquent la pierre elle-même. Dans une salle de bain en pierre naturelle, l'eau dure se combat donc par l'essuyage et par le traitement de l'eau, jamais par un produit acide.

Ce qu'elle ne change pas

La dureté ne dit rien, à elle seule, de la qualité sanitaire de l'eau. Une eau très calcaire peut être parfaitement conforme aux analyses, et une eau douce n'est pas plus sûre pour autant. Les bactéries, les nitrates ou le chlore sont suivis par d'autres paramètres, chacun avec ses résultats. Un adoucisseur ne rend pas non plus l'eau plus saine : il retire le calcium et le magnésium, et les remplace par du sodium.

Elle ne décrit pas davantage l'état de votre réseau. Deux maisons alimentées par la même eau s'entartrent différemment selon la température de leur ballon, la longueur des tuyaux d'eau chaude et la fréquence d'usage. Enfin, la dureté n'explique ni un goût de chlore, ni une eau trouble, ni une odeur inhabituelle : ces signes ont d'autres causes, du réseau public à la plomberie intérieure, et se diagnostiquent séparément.

Où trouver la valeur de votre eau

La dureté de l'eau du robinet est une donnée publique. Le contrôle sanitaire, placé sous l'autorité du ministère de la Santé, l'analyse régulièrement, et ses résultats sont diffusés réseau par réseau, notamment par l'API Hub'Eau. Cherchez le paramètre nommé titre hydrotimétrique, ou TH, et regardez plusieurs dates plutôt qu'une seule : la valeur peut varier d'une analyse à l'autre, selon la ressource ou la saison.

Ces résultats décrivent l'eau du réseau public, celle qui arrive à votre compteur, et non celle qui sort de vos robinets après un éventuel traitement. Pour régler un appareil, rien ne remplace une mesure faite chez vous, au robinet d'eau froide, avec un test en gouttes dont la notice indique la lecture. Trois sources se complètent ainsi :

  • les résultats publics du contrôle sanitaire, pour l'ordre de grandeur et son évolution dans le temps
  • la note annuelle sur la qualité de l'eau, souvent jointe à une facture du distributeur
  • un test en gouttes au robinet, pour la valeur qui arrive réellement chez vous

Questions fréquentes

Que veut dire une dureté exprimée en °dH sur une notice ?

Il s'agit de degrés allemands, une autre unité de dureté, courante sur les appareils conçus pour d'autres marchés. Pour une même eau, le chiffre n'est pas le même qu'en degrés français. Servez-vous de la table de conversion de la notice, ou choisissez dans le menu de l'appareil l'unité de votre mesure avant de la saisir.

Le chiffre de dureté change-t-il entre l'eau froide et l'eau chaude ?

Un peu, oui. En chauffant, une partie du calcaire se dépose dans le ballon et dans les tuyaux, si bien que l'eau chaude mesurée au robinet paraît parfois moins dure. C'est précisément ce dépôt qui entartre l'installation. Pour connaître votre eau, mesurez toujours l'eau froide, après l'avoir laissée couler quelques instants.

Faut-il traiter une eau dès qu'elle dépasse une certaine dureté ?

Aucun seuil ne l'impose. La décision dépend de ce que l'eau abîme chez vous, chauffe-eau, robinetterie, parois ou machines, et du temps passé à l'entretien. Une eau franchement dure dans une maison habitée toute l'année justifie souvent un adoucisseur ; une maison peu occupée peut se contenter d'un entretien suivi. La mesure et l'état des équipements guident le choix.