D'où vient le bruit
Deux familles de bruits se mêlent dans une salle de bain. Les bruits aériens se propagent par l'air : le jet de la douche, une conversation, le moteur d'un extracteur. Les bruits solidiens, ou d'impact, voyagent dans la matière : un tuyau qui vibre contre un mur, une cuvette fixée sans isolant, une chute qui transmet chaque écoulement aux planchers. Ce sont souvent les seconds qui dérangent le plus, car ils ressortent loin de leur source, dans une chambre ou au salon.
La mise en œuvre des réseaux d'alimentation et d'évacuation relève du NF DTU 60.1, consacré à la plomberie sanitaire des bâtiments. L'acoustique, elle, se joue dans les détails d'exécution : la façon de fixer un tube, de traverser un plancher, de remplir un coffrage. Ces détails disparaissent derrière les revêtements. C'est pourquoi le silence d'une salle de bain se décide pendant le chantier, et presque jamais après.
Les chutes et les évacuations
La chute est le tuyau vertical qui collecte les eaux usées de chaque étage. L'eau y tombe, frappe les changements de direction et fait vibrer le tuyau sur toute sa hauteur. Un tube d'évacuation ordinaire, léger, transmet ces chocs sans les amortir. Les tubes dits acoustiques, plus denses ou chargés de matière minérale, résonnent beaucoup moins. Aux changements de direction, deux coudes ouverts valent mieux qu'un coude à angle droit, sur lequel l'eau tombe de tout son poids.
La fixation compte autant que le tube. Des colliers à garniture souple, qui interposent du caoutchouc entre le tuyau et le mur, coupent la transmission des vibrations. À la traversée d'un plancher, un manchon souple évite que le tube ne touche la dalle. Un coffrage autour de la chute doit être rempli d'un isolant, comme une laine minérale : vide, il agit comme la caisse d'un instrument et amplifie le bruit qu'il devait cacher.
Le WC et son bâti-support
Le WC suspendu repose sur un bâti-support, le châssis métallique caché dans la cloison, sur lequel s'accroche la cuvette et dans lequel loge le réservoir. Ce châssis est fixé au sol et au mur : si rien ne l'en désolidarise, chaque chasse se transmet à la structure. Les bâtis de qualité s'accompagnent de pièces d'isolation acoustique, des plaques et des rondelles souples qui s'intercalent entre la cuvette, le châssis et ses appuis. Elles se posent au montage, et ne s'ajoutent plus ensuite.
L'habillage du bâti fait le reste : une cloison montée sur ossature, garnie d'isolant et fermée par une double épaisseur de plaques, étouffe le bruit du réservoir qui se remplit. Le mécanisme de remplissage, le robinet flotteur, se choisit silencieux, et son débit se règle pour éviter le sifflement. Enfin, la plaque de commande doit rester démontable : c'est par elle que l'on accède au mécanisme, sans casser la cloison.
Robinets qui sifflent, tuyaux qui vibrent
Un robinet qui siffle signale souvent une pression trop forte ou un passage d'eau rétréci : cartouche usée, robinet d'arrêt à demi fermé, aérateur entartré au bout du bec. Quand la pression du réseau est élevée, un réducteur de pression posé à l'arrivée d'eau de la maison calme l'ensemble de l'installation et ménage les appareils. Son réglage se vérifie au manomètre, l'instrument qui mesure la pression, plutôt qu'à l'oreille.
Les coups de bélier sont un autre bruit classique : un claquement sec dans les tuyaux quand un mitigeur ou une vanne se ferme brusquement. L'eau en mouvement s'arrête net et frappe la canalisation. Un anti-bélier, petit appareil qui absorbe ce choc, se place près des points concernés, souvent le lave-linge ou un mitigeur très sollicité. Les tubes eux-mêmes se fixent sans jeu, traversent les murs dans des fourreaux, ces gaines qui les isolent de la maçonnerie, et ne se touchent pas entre eux.
Cloisons et doublages
Une cloison légère n'isole que si elle est conçue pour cela. Entre une salle de bain et une chambre, on préfère une cloison sur ossature métallique, garnie d'isolant et fermée par deux plaques de chaque côté, plutôt qu'une simple cloison alvéolaire, à âme en carton. Quand le bruit est un sujet majeur, deux ossatures indépendantes, sans contact entre elles, empêchent la vibration de passer d'une face à l'autre.
Les fuites de son sont aussi fréquentes que les murs trop minces. Un passage de tuyau mal rebouché, deux boîtiers électriques placés dos à dos de part et d'autre de la cloison, une porte creuse et légère : le bruit passe par ces points faibles. Les traversées se calfeutrent avec un mastic souple, les boîtiers se décalent, ce que l'électricien prévoit, et la porte se choisit pleine et bien ajustée, en gardant le passage d'air nécessaire à la ventilation.
Les réglages après la pose
Une installation bien posée se règle encore à la mise en service. On ajuste la pression, le débit des robinets d'arrêt et celui du robinet flotteur, on vérifie le serrage des colliers et l'absence de contact entre un tube et la paroi. La ventilation se règle aussi : un extracteur qui tourne trop vite siffle dans sa bouche, alors qu'une petite vitesse suffit en dehors des douches.
Le meilleur contrôle reste l'écoute depuis les pièces voisines, porte fermée, pendant qu'une autre personne fait fonctionner chaque appareil. L'essai se fait si possible avant de refermer les derniers coffrages, quand une correction reste simple. Il ne demande que quelques minutes et révèle l'essentiel des défauts. Il suit un ordre qui isole chaque source :
- la chasse du WC, puis le remplissage complet du réservoir
- la vidange de la baignoire ou de la douche, à plein débit
- l'ouverture et la fermeture rapides de chaque mitigeur
- l'extraction, à petite puis à grande vitesse
Questions fréquentes
Une chute bruyante se traite-t-elle sans casser les murs ?
En partie. Une chute visible ou logée dans un coffrage accessible peut être habillée d'une gaine isolante, et son coffrage rempli d'isolant. Ses colliers peuvent être remplacés par des modèles à garniture souple. Une chute noyée dans un mur, en revanche, ne se traite qu'en l'ouvrant : c'est pourquoi le sujet se règle au moment d'une rénovation.
Les claquements dans les tuyaux sont-ils dangereux pour l'installation ?
Ce sont le plus souvent des coups de bélier. Répétés, ils fatiguent les raccords, les flexibles et les appareils, et peuvent finir par provoquer une fuite. Un anti-bélier posé près du point en cause, une pression ramenée à un niveau raisonnable par un réducteur et des tubes bien fixés règlent en général le problème.