Des réseaux de plusieurs époques
Orbec est une petite ville ancienne du Pays d'Auge, et ses maisons en portent la trace jusque dans leurs tuyaux. Dans une maison achevée avant 1919, l'eau courante est arrivée après coup ; les salles de bain, la cuisine équipée et le chauffage ont suivi par étapes. Chaque génération de travaux a laissé ses tuyaux, raccordés à ceux de la précédente. Une même maison peut ainsi réunir plomb, acier galvanisé, cuivre et plastique.
Ce mélange n'est pas un défaut en soi, mais chaque jonction est un point faible. Quand deux métaux différents se touchent dans l'eau, l'un se corrode plus vite : c'est le couple galvanique, fréquent entre cuivre et acier. Les évacuations ont la même histoire, entre fonte, grès et PVC. Et d'après l'Insee, 72 % des logements de la commune sont des maisons : tout le réseau après le compteur y revient au propriétaire.
Relever le réseau existant
Avant de chiffrer quoi que ce soit, on suit l'eau depuis le compteur. Le relevé note la nature de chaque tronçon, l'emplacement des vannes, les raccords suspects et les tuyaux abandonnés. On mesure la pression à l'arrivée avec un manomètre, puis le débit au robinet le plus éloigné, deux points ouverts en même temps. Côté évacuations, on repère les chutes, leurs regards et leur sortie vers l'égout.
Une partie du réseau reste cachée sous les planchers ou dans l'épaisseur des murs. On ne casse pas pour voir : on raisonne à partir de ce qui est visible, des sondages ponctuels et, pour les évacuations, d'une inspection par caméra, une petite optique glissée dans le tuyau. Le devis distingue ensuite ce qui est certain de ce qui sera confirmé à l'ouverture, pour éviter les surprises en cours de route. Ce relevé devient le plan du chantier :
- les matériaux, tronçon par tronçon, photos à l'appui
- la pression à l'arrivée et le débit aux points les plus éloignés
- les vannes qui fonctionnent, et celles qui sont grippées
- les bras morts, ces tuyaux abandonnés où l'eau stagne
- l'état intérieur des évacuations enterrées, vu à la caméra si besoin
Le plomb et les vieux raccords
Le plomb se reconnaît à sa couleur gris terne, à sa souplesse et à ses jonctions renflées. Gratté avec une clé, il montre un métal brillant, et un aimant n'y accroche pas. Ce métal toxique peut passer dans l'eau qui stagne dans les tuyaux : on le remplace sans attendre une fuite. Si le branchement situé avant le compteur est lui aussi en plomb, il relève du service des eaux, qu'il faut prévenir.
L'acier galvanisé, gris lui aussi mais dur et magnétique, rouille de l'intérieur : la section se réduit, le débit baisse et l'eau peut se colorer après une absence. Ses raccords filetés finissent par suinter. Entre cuivre et acier, l'absence de raccord diélectrique, une pièce isolante qui sépare les deux métaux, accélère la corrosion. Les anciens robinets d'arrêt se grippent aussi : on les remplace par des vannes à boisseau sphérique, qui se ferment d'un quart de tour.
Les évacuations et leur pente
Les évacuations vieillissent autrement. Une chute en fonte, la descente verticale qui collecte les eaux usées, reste souvent saine sur sa longueur, mais ses joints et ses parties horizontales se corrodent. Les tuyaux en grès enterrés se fissurent, laissent entrer des racines ou s'affaissent. Sous les planchers, d'anciens collecteurs posés avec trop peu de pente gardent des dépôts : écoulement lent, glouglous et odeurs en sont les signes.
La remise en état reprend une pente régulière, sans contre-pente, jusqu'à la chute. Celle-ci doit être ventilée : prolongée jusqu'au toit, elle laisse entrer l'air et empêche les siphons de se vider quand on tire une chasse d'eau à l'étage. À défaut, un clapet aérateur, petite soupape qui laisse entrer l'air sans laisser sortir les odeurs, peut convenir dans certains cas. Garder une chute en fonte saine a un avantage : elle transmet moins le bruit de l'eau qu'un tuyau en PVC.
Choisir les nouveaux tubes
Trois familles de tubes se partagent aujourd'hui les réseaux d'eau. Le cuivre, brasé ou soudé, dure et reste élégant quand il court à la vue, dans une cave ou une chaufferie. Le multicouche, un tube de plastique renforcé d'une âme en aluminium, garde la forme qu'on lui donne et se raccorde par sertissage, en écrasant une bague sur le tube avec une pince. Le PER, plus souple, se glisse dans une gaine et franchit planchers et cloisons sans raccord caché.
Dans une maison ancienne, on combine souvent les trois. Le cuivre reste près du chauffe-eau ou de la chaudière et sur les parties visibles ; le PER sous gaine traverse les planchers anciens sans les entailler ; le multicouche relie les points d'eau dans les contre-cloisons. Les raccords sont regroupés dans des endroits accessibles, autour d'une nourrice, un collecteur qui distribue chaque point d'eau par son propre tuyau. En cas de fuite, on ferme alors le seul circuit concerné.
Phaser sans abîmer
Une maison habitée ne peut pas rester des jours sans eau. On pose donc le nouveau réseau en parallèle de l'ancien, puis on bascule les points d'eau un par un, en coupant le moins longtemps possible. L'ordre logique part de l'arrivée : vanne générale, réducteur de pression si besoin, production d'eau chaude, puis les pièces d'eau. Les tuyaux devenus inutiles sont déposés, pour ne laisser aucun bras mort où l'eau stagnerait.
Remplacer des tuyaux métalliques par du plastique peut couper une liaison électrique qui passait par eux. Faites vérifier par un électricien la mise à la terre et la liaison équipotentielle, qui relie entre elles les parties métalliques de la salle de bain. Planchers, boiseries et escaliers sont protégés avant le passage des tubes, et chaque percement se rebouche au fur et à mesure. Nous intervenons à Orbec et dans les communes voisines, comme Saint-Martin-de-Bienfaite-la-Cressonnière, La Vespière-Friardel et Valorbiquet.
Questions fréquentes
Comment savoir s'il reste du plomb dans la maison ?
Regardez les tuyaux visibles près du compteur, à la cave ou sous l'évier. Un tuyau gris terne, souple, aux jonctions en bourrelet, qui brille quand on le gratte et n'attire pas l'aimant, est très probablement en plomb. Une analyse de l'eau prélevée après une nuit de stagnation, confiée à un laboratoire, renseigne aussi. Lors de la visite, nous suivons le réseau pour repérer les tronçons cachés.
Est-il possible de rester dans la maison pendant les travaux ?
Le plus souvent, oui. Le nouveau réseau est posé à côté de l'ancien, puis les points d'eau sont basculés un à un, avec des coupures courtes prévues à l'avance. Les jours où la salle de bain est hors service se préparent ensemble. Une rénovation complète, avec des planchers ouverts dans plusieurs pièces, peut en revanche rendre la maison difficile à habiter pendant une partie du chantier.
Les chutes en fonte doivent-elles être remplacées ?
Pas forcément. Une chute en fonte saine, bien fixée et sans fissure, peut être gardée : elle est lourde et transmet peu le bruit. On remplace les tronçons corrodés, les joints qui suintent et les parties horizontales trop plates, puis on raccorde le PVC par des manchons adaptés. Une inspection par caméra aide à décider tronçon par tronçon.