Une pierre qui conduit la chaleur
Un plancher chauffant à eau chaude fait circuler de l'eau tiède dans des tubes noyés dans une chape, une couche de mortier coulée sur un isolant. La chaleur traverse ensuite le revêtement pour atteindre la pièce. Plus ce revêtement est dense et mince, plus il la laisse passer facilement : la pierre et la céramique s'y prêtent bien, alors qu'un bois épais ou un sol souple freinent davantage la diffusion.
Le marbre a une autre qualité : son inertie. Il emmagasine la chaleur et la rend lentement, ce qui donne une température régulière, sans sensation de sol froid. C'est d'ailleurs parce qu'il prend la chaleur du pied qu'un sol en pierre paraît froid sans chauffage ; chauffé, il devient au contraire très agréable pieds nus. La contrepartie de l'inertie est la lenteur : sous une pierre épaisse, un plancher chauffant met du temps à monter en température et à redescendre.
La chape avant la pierre
L'exécution des planchers chauffants à eau chaude relève du NF DTU 65.14. L'installateur pose l'isolant, une bande périphérique en mousse le long des murs, puis les tubes, avant que la chape ne soit coulée. Cette chape peut être traditionnelle, à base de ciment, ou fluide, souvent à base de sulfate de calcium, dite chape anhydrite. Elle doit sécher complètement avant de recevoir la pierre, et son humidité résiduelle se mesure avant la pose, jamais à l'œil.
Une chape à base de sulfate de calcium demande des précautions particulières : on ponce sa surface pour retirer la laitance, la fine pellicule friable qui se forme au séchage, puis l'on applique le primaire prescrit avant la colle. Sans ce primaire, une colle à base de ciment peut réagir avec la chape et perdre son adhérence. Une chape à base de ciment, elle, se dépoussière et se contrôle en planéité. Dans les deux cas, une chape fissurée se traite avant la pose.
Une mise en chauffe progressive
Avant la pose du revêtement, le plancher chauffant subit une première mise en chauffe. L'installateur augmente la température de l'eau par paliers, la maintient, puis la redescend progressivement, selon le protocole prévu pour le système. Cette étape achève le séchage de la chape et révèle ses éventuelles fissures, qu'il vaut mieux découvrir avant la pierre que dessous. Elle fait l'objet d'un relevé, à conserver avec les documents du chantier.
Pendant la pose du marbre, le chauffage est arrêté ou fortement réduit, selon les indications de la colle et du système : une chape chaude sèche la colle trop vite et compromet son adhérence. Une fois la colle et les joints durcis, la remise en route se fait de nouveau très progressivement. Une montée brutale, pour profiter tout de suite du nouveau sol, crée des contraintes entre la chape et la pierre, et c'est souvent à ce moment que les fissures apparaissent.
Colles et joints adaptés
La colle doit supporter les variations de température et les légers mouvements de la chape. On choisit une colle dite déformable, qui accepte de petites déformations sans se rompre, et dont la fiche technique indique qu'elle convient aux sols chauffants et à la pierre naturelle. Elle sera blanche si le marbre est clair, et à prise rapide s'il craint l'humidité. Pour la mise en œuvre, le poseur s'appuie sur le NF DTU 52.2, relatif à la pose collée des revêtements céramiques et assimilés et des pierres naturelles.
L'encollage doit être plein, sans vide sous la pierre. Une poche d'air freine la chaleur, crée une zone plus froide en surface et fragilise la dalle, qui peut casser sous une charge. On pratique donc le double encollage sur les grands formats, et l'on vérifie le transfert de colle en soulevant une pièce de temps à autre. Les joints doivent eux aussi accepter les variations de température : on choisit un mortier de joint ou un joint à base de résine adapté aux sols chauffants.
Fractionnements et dilatation
Une chape chauffante se dilate et se rétracte à chaque cycle de chauffe. Pour maîtriser ces mouvements, elle est découpée par des joints de fractionnement, placés par l'installateur selon la surface, la forme de la pièce et les circuits de chauffage, notamment au droit des portes. Le revêtement doit reproduire ces joints exactement au même endroit, avec un joint souple : une pierre collée par-dessus un joint de chape se fissure tôt ou tard le long de cette ligne.
Le calepinage, c'est-à-dire le plan de pose, tient donc compte de ces joints dès le départ, pour qu'ils tombent dans une ligne de joint du revêtement et non au milieu d'une dalle. Contre les murs, la bande périphérique reste libre : la pierre ne doit toucher ni les murs, ni les huisseries, ni les tuyaux, ni le socle d'une baignoire. La plinthe cache ce jeu, et un mastic souple ferme les jonctions avec le receveur ou la baignoire.
Régler le confort ensuite
Le confort d'un plancher chauffant se règle par la température de l'eau et par la régulation de chaque pièce. Dans une salle de bain, on cherche une chaleur douce et constante plutôt que des relances brutales, que l'inertie de la pierre rend de toute façon lentes. Un thermostat d'ambiance et, selon l'installation, une sonde qui limite la température du sol protègent la pierre et le confort des pieds. Ces réglages se font avec l'installateur, à la mise en service.
Le plancher chauffant chauffe lentement : pour une serviette chaude ou une pièce qui monte vite en température le matin, il se complète souvent d'un radiateur sèche-serviettes. Les tapis épais et les meubles sans pieds freinent la diffusion là où ils sont posés. Sur un plancher chauffant électrique, les mêmes principes valent pour la pierre, mais la pose et le raccordement des câbles ou des trames chauffantes reviennent à un électricien.
Questions fréquentes
Un sol en marbre risque-t-il de fissurer sur un plancher chauffant ?
Pas si les règles sont respectées : chape sèche et contrôlée, première mise en chauffe avant la pose, colle déformable, encollage plein et joints de fractionnement reproduits dans le revêtement. Les fissures viennent presque toujours d'un de ces points négligés, ou d'une remise en chauffe trop rapide juste après la pose.
Le plancher chauffant électrique accepte-t-il aussi le marbre ?
Oui, les principes de pose sont proches : support sec et plan, colle déformable compatible, encollage plein, joints souples en périphérie. Le système chauffant a toutefois sa propre notice, qui précise les revêtements admis et la façon de les coller. Son installation et son raccordement sont confiés à un électricien, le revêtement venant ensuite.
Pendant la pose, que faire du chauffage ?
On l'arrête, ou on le réduit fortement, selon les indications de la colle et du système, car une chape chaude ferait sécher la colle trop vite. Après la pose, on attend que colle et joints aient durci, puis l'on remet le chauffage en route très progressivement, sur le même principe que la première mise en chauffe.

