Identifier la tache
Trois familles de marques se confondent sur un marbre. Le dépôt reste en surface : calcaire ou savon, il forme un relief ou un voile. L'attaque acide n'a pas de couleur : la pierre a perdu son poli et paraît mate. La tache, enfin, a une couleur et se trouve dans la pierre : elle ne présente aucun relief et ne change pas sous le doigt. Seule cette dernière se traite par absorption ; les deux autres demandent un nettoyage ou un lustrage.
Pour la reconnaître, regardez sa couleur, sa forme et son emplacement. Une tache sombre aux contours flous, près du lavabo, vient souvent d'une huile ou d'une crème. Une teinte orangée autour d'un objet métallique trahit la rouille. Un halo rose, brun ou violet évoque un cosmétique, une teinture ou un produit d'hygiène. Une zone sombre qui pâlit en séchant puis revient après la douche n'est pas une tache : c'est de l'eau retenue dans la pierre, parfois venue de dessous, qui appelle un contrôle des joints et de l'étanchéité.
Notez aussi depuis quand elle est là : une tache fraîche s'en va bien plus facilement qu'une tache ancienne, que l'air et la lumière ont eu le temps de fixer. Avant tout essai, lavez la zone au savon neutre et laissez-la sécher, car une partie de la marque n'était parfois qu'un dépôt de surface.
Les taches grasses
Huiles corporelles, crèmes, fonds de teint, huiles de massage ou de bain : ces matières grasses foncent la pierre et s'étalent lentement dans ses pores. Le premier geste compte beaucoup. Épongez l'excès en tamponnant avec un papier absorbant, sans frotter, pour ne pas élargir la zone. Un lavage au savon neutre retire ensuite ce qui reste en surface. Si la pierre reste foncée une fois sèche, la graisse a pénétré : il faut aller la chercher.
On utilise alors un cataplasme : une poudre absorbante, argile blanche ou talc, mélangée à un solvant qui dissout la graisse, de l'acétone par exemple, jusqu'à obtenir une pâte. Appliquée en couche épaisse sur la tache, elle sèche lentement et ramène la graisse dissoute vers la surface. Travaillez fenêtre ouverte, loin de toute flamme, avec des gants, et faites d'abord un essai sur une zone cachée. Une tache ancienne demande souvent plusieurs applications ; elle pâlit à chaque fois avant de disparaître, ou de s'arrêter à une ombre légère.
Les taches organiques et colorées
Teintures capillaires, henné, vernis à ongles, encres d'emballage, sels de bain colorés, désinfectants teintés : les colorants laissent des taches nettes, souvent brunes ou rosées. Beaucoup sont d'origine organique et réagissent à un agent oxydant. Sur un marbre clair, un cataplasme préparé avec de l'eau oxygénée, appliqué comme pour une tache grasse, les fait pâlir progressivement. Sur une pierre sombre, prudence : ce produit peut éclaircir la teinte autour de la tache, d'où l'importance d'un essai préalable.
Certaines matières demandent un autre solvant. Le vernis à ongles s'enlève à l'acétone, sur un coton que l'on tamponne de l'extérieur vers le centre pour ne pas l'étaler. Une encre se traite selon sa nature, à l'alcool ou à l'acétone, toujours en cataplasme plutôt qu'en frottant. Les teintures capillaires et le henné pénètrent profondément et se fixent vite : ils s'atténuent souvent sans disparaître tout à fait. Sur ces taches, la rapidité compte plus que la force du produit.
Les taches de rouille
La rouille vient presque toujours d'un objet en fer posé sur la pierre : bombe de mousse à raser, épingles à cheveux, boîte métallique, pied de meuble, vis d'un accessoire. Elle peut aussi remonter d'une ancienne canalisation en acier ou d'une agrafe de fixation rouillée derrière le marbre. Plus rarement, elle vient de la pierre elle-même : certains marbres contiennent de petits minéraux de fer qui s'oxydent au contact répété de l'eau et dessinent des points orangés sans aucun objet à proximité.
C'est la tache la plus délicate. Les antirouilles ordinaires sont le plus souvent acides : ils enlèvent la rouille et laissent à la place une marque mate. Sur un marbre, on emploie un produit formulé pour les pierres calcaires et présenté comme sans acide, en cataplasme, après un essai discret. Les résultats varient : une tache récente part souvent, une tache ancienne et profonde s'atténue seulement. Quand la rouille vient de la pierre ou d'une pièce métallique cachée derrière, il faut d'abord traiter cette cause, sinon la tache revient.
Le principe du cataplasme
Un cataplasme fonctionne à l'inverse de la tache. Le liquide a pénétré par capillarité ; la pâte le fait ressortir par le même chemin. La poudre, imprégnée d'un produit adapté à la matière à dissoudre, se pose en couche épaisse, déborde largement les contours de la tache, puis se recouvre d'un film plastique percé de quelques trous. Ce film ralentit le séchage : en séchant lentement, la poudre aspire le liquide de la pierre, et avec lui la matière dissoute.
Une fois la pâte sèche, on la retire avec une spatule en plastique, on rince à l'eau claire et l'on attend que la pierre sèche entièrement avant de juger, car un marbre humide paraît toujours plus foncé. Si la tache a pâli sans disparaître, on recommence avec le même mélange. Les étapes, dans l'ordre :
- Laver la zone au savon neutre et la laisser sécher
- Essayer le mélange sur une zone cachée de la même pierre
- Appliquer une pâte épaisse qui déborde la tache
- Couvrir d'un film percé et laisser sécher sans chauffer
- Retirer, rincer, laisser sécher, puis recommencer si besoin
Ce qu'il ne faut jamais faire
Frotter fort est l'erreur la plus fréquente : la tache s'étale, et la poudre ou l'éponge abrasive raye le poli autour, ce qui ajoute une marque nouvelle à l'ancienne. Verser un produit pur directement sur la tache ne vaut pas mieux, car le liquide s'enfonce plus loin dans la pierre au lieu de remonter. Les acides, vinaigre ou antirouille ordinaire, sont exclus : sur un marbre, ils créent une attaque mate qu'aucun cataplasme ne répare.
Évitez aussi de mélanger les produits entre eux : l'eau de Javel et l'ammoniaque, par exemple, dégagent ensemble un gaz toxique. N'appliquez pas de protection hydrofuge sur une tache encore présente, elle l'enfermerait dans la pierre. Ne poncez pas la zone au papier abrasif : vous creuseriez une cuvette mate, plus visible que la tache. Enfin, sachez vous arrêter. Si plusieurs cataplasmes ne changent plus rien, ou si la pierre est précieuse, un spécialiste de la pierre saura dire si la tache peut encore partir.
Questions fréquentes
Combien de cataplasmes faut-il pour une tache ancienne ?
Il n'existe pas de nombre fixe. On renouvelle l'opération tant que la tache pâlit d'une application à l'autre, en laissant chaque fois la pierre sécher avant de juger. Quand les essais ne changent plus rien, la matière restante est fixée ou le produit ne convient pas : il faut changer de méthode ou demander l'avis d'un spécialiste.
Une tache sombre autour du siphon de douche est-elle vraiment une tache ?
Pas forcément. Si elle s'éclaircit quand la douche reste inutilisée quelques jours, puis revient, c'est de l'eau logée sous la pierre ou dans son épaisseur. Elle peut venir d'un joint fatigué, d'un défaut d'étanchéité autour du siphon ou d'une fuite sur l'évacuation. Un cataplasme n'y changera rien : c'est la cause qu'il faut chercher et réparer.
L'eau de Javel convient-elle à un marbre blanc taché ?
Avec beaucoup de prudence, et jamais pure. Sur certaines taches organiques d'un marbre clair, elle peut servir diluée, en cataplasme, après un essai discret. Elle ne vient en revanche à bout ni des taches grasses ni de la rouille, peut altérer la teinte de certaines pierres et ne doit jamais être mélangée à un autre produit, en particulier à l'ammoniaque.
