Une douche dans un bâti ancien
D'après l'Insee, en 2023, plus d'une résidence principale sur trois de la commune a été achevée avant 1946 : 23,5 % avant 1919, et un peu plus d'une sur dix de 1919 à 1945. Autour du bourg de Saint-Pierre-sur-Dives, de ses halles et de son abbatiale, comme dans les villages, la plupart de ces maisons ont reçu leur salle de bain après coup, souvent à l'étage, dans une pièce qui n'était pas prévue pour l'eau.
Une douche de plain-pied y pose trois difficultés, qu'il faut regarder avant de dessiner quoi que ce soit : un plancher en bois qui fléchit et craint l'eau, des murs épais qui doivent continuer de sécher, et une évacuation d'origine parfois éloignée ou fatiguée. Ce sont elles qui décident de l'emplacement de la douche, de sa forme et de la méthode, bien plus que le catalogue de carrelage.
Les solives et le plancher
On commence par ouvrir le plancher là où la douche est prévue. On relève le sens des solives, leur section, leur écartement et leur état : une solive piquée par les insectes, fendue ou entaillée par un ancien tuyau se renforce ou se double avant tout. Le plancher doit rester rigide sous la douche, car le moindre fléchissement fissure les joints et fatigue l'étanchéité, et la fuite qui en résulte touche directement le bois.
Pour loger le siphon et la pente, deux voies existent. La première descend le fond de douche entre les solives, en les laissant intactes, quand leur hauteur le permet. La seconde rehausse le sol de toute la salle de bain sur des lambourdes, ces pièces de bois fixées sur les solives, ce qui crée l'épaisseur nécessaire sans toucher à la structure. On termine par un panneau rigide et hydrofuge, vissé et collé, qui servira de base à l'étanchéité.
Faire passer l'évacuation
L'eau doit rejoindre la chute par gravité, avec une pente régulière. Dans une maison ancienne, le meilleur tracé suit le sens des solives ; traverser une poutre ou une solive est exclu. On place donc la douche du côté où l'évacuation peut filer le plus directement vers la descente existante, ou vers une nouvelle chute créée dans un angle de la pièce, souvent dans un placard.
La descente d'origine, parfois en fonte, se contrôle avant d'y raccorder quoi que ce soit : fissures, joints, dépôts intérieurs. Une fonte saine se garde, avec un raccord adapté au tuyau neuf ; une fonte fendue se remplace sur la hauteur nécessaire. La chute doit aussi être ventilée jusqu'au toit, sinon la douche se vide en gargouillant et le siphon perd sa garde d'eau, d'où des odeurs. Au rez-de-chaussée, sur terre-plein, le tuyau chemine dans une tranchée jusqu'au regard.
Étancher sans piéger l'humidité
Dans la zone de douche, l'étanchéité doit être parfaite : une membrane ou une résine continue sur le panneau, relevée sur les murs, renforcée dans les angles et autour du siphon. Sur un support en bois, on choisit un système souple, capable de suivre les petits mouvements du plancher sans se rompre, et l'on fait un essai en eau avant de poser le revêtement.
Le reste de la pièce suit la règle inverse. Un mur ancien en pierre jointoyée à la chaux, ou en pans de bois, doit pouvoir rendre son humidité à l'air. On évite donc les enduits ciment et les peintures étanches hors de la douche, et l'on sépare la paroi de douche du mur d'origine par un doublage indépendant, étanche côté douche et laissé ventilé côté mur. Au rez-de-chaussée, on traite les remontées par le sol en drainant, jamais en enfermant.
Ventiler la pièce
Une douche ouverte libère beaucoup de vapeur, et une maison ancienne n'a souvent aucune ventilation mécanique. Sans extraction, cette vapeur se condense sur les murs froids et finit dans les bois. On installe donc une extraction mécanique qui se met en route d'elle-même quand l'humidité monte, et continue un moment après la douche ; l'air neuf entre par un passage sous la porte. L'alimentation électrique de l'extracteur revient à un électricien.
Le conduit est le point délicat. On cherche le trajet le plus court vers l'extérieur, de préférence par les combles jusqu'à une sortie en toiture, discrète et bien raccordée. Percer une façade ancienne ou modifier une toiture touche à l'aspect de la maison : dans le bourg comme ailleurs, la mairie indique avant les travaux les démarches à faire et si un secteur protégé s'applique. Un conduit isolé dans les combles froids évite que la vapeur ne s'y condense.
Les matières qui conviennent
Sur un plancher ancien, le poids et la souplesse guident le choix des revêtements. Une mosaïque de grès ou de verre, des carreaux minces de petit format ou une résine posée sur l'étanchéité chargent peu le plancher et supportent mieux ses mouvements qu'une grande dalle de pierre épaisse. Les joints en résine, peu poreux, résistent mieux à l'eau et aux taches. Sur les murs hors douche, la chaux et la peinture minérale gardent la pièce ouverte à la vapeur.
Le décor, lui, peut rappeler l'âge de la maison : carreaux à motifs anciens hors de la zone ruisselante, enduit à la chaux ciré, robinetterie à croisillons, verre clair plutôt qu'une cloison pleine pour garder la lecture des volumes. Un mitigeur thermostatique, qui stabilise la température de la douche, reste le meilleur allié du confort. Nous intervenons à Saint-Pierre-en-Auge et dans les communes voisines, comme Vendeuvre, Morteaux-Coulibœuf et Val-de-Vie.
Questions fréquentes
Mon plancher grince : est-ce un mauvais signe avant de créer la douche ?
Pas forcément, mais il mérite un examen. Le grincement vient souvent de lames ou de clous qui frottent, sans gravité. Il peut aussi signaler une solive qui fléchit ou un appui fatigué, ce qui compte sous une douche. On ouvre le plancher à l'emplacement prévu, on mesure son affaissement sous la charge et l'on renforce si besoin avant toute étanchéité.
Que faire si la douche ne peut pas descendre entre les solives ?
On monte le sol plutôt que de creuser. Toute la salle de bain est rehaussée sur des lambourdes, ce qui crée l'épaisseur du siphon et de la pente sans toucher aux solives ; la douche reste à niveau avec le reste de la pièce, et seule l'entrée reçoit un petit seuil. Un siphon extra-plat ou une évacuation murale réduit encore la hauteur nécessaire.