Matériaux nobles Villerville · Côte Fleurie

Carreaux de ciment anciens à Villerville : les garder

Dans les villas balnéaires et les anciennes maisons de pêcheurs de Villerville, des carreaux de ciment d'origine peuvent réapparaître sous un vieux revêtement. Ils se gardent en place, ou se reposent dans la salle de bain refaite, à condition de les protéger de l'eau, des taches et des acides, à commencer par les anticalcaires.

Sol ancien en carreaux à motifs ocre sur fond rouge

Visuel d'illustration.

Ce qui fait leur charme

Un carreau de ciment n'est ni cuit ni émaillé. Sa face visible est une couche de ciment fin teintée dans la masse, coulée dans un moule à compartiments puis pressée sur un corps de mortier. Le dessin traverse donc toute l'épaisseur de cette couche : il s'use avec le temps sans disparaître, et prend une patine douce qu'aucune impression ne reproduit vraiment.

Cette fabrication explique aussi sa fragilité. Le ciment est poreux : il boit l'eau, les huiles et les pigments, et il réagit avec les acides, qui le rongent et ternissent ses couleurs. D'après l'Insee, 22 % des résidences principales de la commune ont été achevées avant 1919, et plus de quatre sur dix avant 1946 : dans ces maisons, un sol d'origine mérite un examen attentif avant toute décision de dépose.

Faire l'état des carreaux

L'état des lieux se fait carreau par carreau. On tapote chaque pièce : un son creux signale un carreau décollé de son mortier. On repère les fissures, les éclats sur les bords, les zones où la couche colorée est usée jusqu'au mortier gris, et les taches anciennes, d'huile ou de rouille. On cherche aussi la trace d'anciens traitements, cires ou vernis, qui ont pu jaunir et qui changent la façon de nettoyer.

Le relevé tient compte du support : un sol posé sur un plancher qui fléchit, ou sur une dalle humide, n'a pas d'avenir en place. Il compte aussi les carreaux manquants ou trop abîmés, à remplacer par des pièces récupérées ailleurs dans la maison, sous un meuble ou dans un placard, ou par des reproductions. Trois choix se présentent alors :

  • garder le sol en place, nettoyé et protégé, s'il est sain et hors des zones mouillées
  • déposer puis reposer les carreaux sur un support refait, dans la même pièce ou ailleurs
  • réemployer les plus beaux en tapis central, en bordure ou en crédence

Déposer et numéroter

Une dépose réussie commence avant le premier coup de ciseau. On photographie le sol entier, on trace un plan et l'on numérote chaque carreau au dos ou sur un ruban, dans l'ordre du calepinage, ce dessin d'ensemble que forment les motifs. Les carreaux se détachent ensuite un par un, au ciseau fin glissé dans le mortier, en commençant par un bord ou par une pièce déjà cassée.

Il faut accepter quelques pertes : un carreau très collé ou déjà fêlé cède parfois. Le dos se nettoie ensuite à sec, en grattant l'ancien mortier sans attaquer la couche colorée, puis les carreaux se stockent à plat, au sec, par rangées numérotées. On évite tout bain d'eau prolongé et tout produit acide pour décoller les restes : ils marqueraient la face visible de façon durable.

Reposer sur un support sain

La repose se fait sur un support plan, rigide et sec. Dans une salle de bain, on applique d'abord une étanchéité sous carrelage sur les zones mouillées, puis l'on colle les carreaux avec un mortier-colle adapté, étalé sur le support et au dos de chaque pièce, pour qu'aucun vide ne subsiste. Sur un plancher bois, le support se rigidifie au préalable : un sol qui fléchit fissure les carreaux et ouvre les joints.

Avant de jointoyer, on imprègne les carreaux d'une première protection : sans elle, le pigment du joint et le voile de ciment pénètrent la surface et ne partent plus. Les joints restent fins, dans une teinte proche du fond. Le nettoyage de fin de chantier se fait sans acide, avec un produit compatible. On réserve de préférence ces carreaux au sol de la pièce et aux murs hors des projections directes de la douche.

Imprégner et entretenir

Une fois posés et secs, les carreaux reçoivent une imprégnation hydrofuge et oléofuge, qui freine la pénétration de l'eau et des graisses sans former de film brillant. Les finitions traditionnelles, cire ou huile de lin, conviennent mieux à une entrée qu'à une salle de bain, où la vapeur les ternit. L'imprégnation se renouvelle quand l'eau cesse de perler, plus souvent devant la vasque qu'au fond de la pièce.

Au quotidien, un savon doux dilué, du type savon noir, et une serpillière bien essorée suffisent. On bannit l'eau de Javel, le vinaigre, les poudres et les anticalcaires classiques, et l'on essuie aussitôt les produits renversés, parfum, huile ou teinture. Les pieds de meubles reçoivent des patins, pour ne pas rayer la couche colorée. Avec les années, la patine fait partie du charme : elle ne se combat pas, elle s'entretient.

Le calcaire de l'eau de Villerville

Selon les analyses publiques du contrôle sanitaire, l'eau de Villerville va de 27,2 à 30,4 °f suivant les réseaux, en médiane des analyses de mai 2024 à juillet 2026. Chaque éclaboussure qui sèche laisse un voile blanc. Le réflexe habituel, un détartrant acide, est justement celui qui abîme le ciment : il dissout le tartre, mais aussi la surface du carreau et ses pigments.

On empêche donc le calcaire de s'installer : un tapis devant la douche, une raclette sur les zones d'éclaboussures, une bonne ventilation pour que les gouttes sèchent moins longtemps sur place. Un voile déjà formé se retire avec un nettoyant neutre et un tampon doux, patiemment, jamais au grattoir. Un adoucisseur, quand la maison en justifie un, limite nettement les traces. Nous intervenons à Villerville et dans les communes voisines, comme Trouville-sur-Mer, Touques et Deauville.

Questions fréquentes

Des carreaux de ciment neufs peuvent-ils compléter un sol ancien ?

Oui, des ateliers reproduisent encore des motifs anciens, sur mesure ou au catalogue. La teinte d'un carreau neuf reste plus vive que celle d'un carreau patiné : on place donc les pièces neuves là où elles se remarquent le moins, ou l'on compose une bordure qui assume la différence.

Rouille, vin, huile : comment traiter une tache ancienne ?

Chaque tache a son produit : un dégraissant doux pour l'huile, un détachant compatible avec le ciment pour la rouille ou le vin. On le teste toujours sur un carreau caché, on respecte le temps d'action, puis l'on rince et l'on laisse sécher avant de réimprégner. Les taches très anciennes s'atténuent plus souvent qu'elles ne disparaissent.

Carreau qui sonne creux : faut-il le décoller ?

Pas forcément tout de suite. Un carreau isolé qui sonne creux mais ne bouge pas peut rester, sous surveillance. S'il bascule, se fissure ou si plusieurs voisins sonnent aussi, on le dépose avec soin, on refait le lit de mortier et on le recolle, en remettant le même carreau à la même place.