Ce qui fait leur charme
Un carreau de ciment n'est pas cuit. Il est fabriqué à froid, en pressant une couche colorée, faite de ciment fin, de poudre de marbre et de pigments, sur une couche de mortier plus grossier qui forme le corps du carreau. Le motif ne tient donc pas à un émail posé en surface : il occupe toute l'épaisseur de la couche colorée. C'est ce qui lui permet de s'user lentement en gardant son dessin, et de supporter un léger ponçage quand il est terni.
Houlgate est une station balnéaire de la Belle Époque, avec de nombreuses villas de la fin du XIXe siècle, une période où ces carreaux ont été très employés. D'après l'Insee, en 2023, environ une résidence principale sur six y a été achevée avant 1946. Ces sols d'origine sont donc minoritaires, et chaque carreau perdu se remplace difficilement à l'identique. Leur porosité, en revanche, impose des précautions dans une pièce d'eau.
Faire l'état des carreaux
Avant de décider quoi que ce soit, on fait l'inventaire, carreau par carreau. Un carreau qui sonne creux sous le manche d'un tournevis s'est décollé de son mortier ; une fissure fine peut n'être qu'une fêlure de surface, ou traverser toute l'épaisseur. On repère aussi les épaufrures, ces éclats sur les arêtes, l'usure de la couche colorée dans les passages, et les taches anciennes de rouille, d'huile ou de peinture.
Le support raconte le reste. Au rez-de-chaussée, une poudre blanche qui remonte dans les joints ou des carreaux plus sombres au pied des murs signalent une humidité venue du sol. À l'étage, un plancher qui fléchit explique souvent une série de carreaux fendus dans le même axe. On compte enfin les carreaux sains et l'on compare leur nombre à la surface que la nouvelle salle de bain peut leur réserver.
Déposer et numéroter
Quand les carreaux doivent quitter leur place, pour refaire le plancher ou passer des réseaux, on photographie le sol entier et l'on dessine le calepinage, c'est-à-dire le plan de pose avec ses motifs, ses bordures et ses coupes. Chaque carreau reçoit au dos un numéro au crayon, qui renvoie à ce plan. La dépose se fait à la main, au ciseau fin, en attaquant le mortier plutôt que le carreau.
Un mortier de chaux ancien se détache assez bien ; un mortier de ciment rend la dépose plus délicate, et quelques casses sont à prévoir. On nettoie ensuite le dos de chaque carreau, sans le tremper longtemps, puis on stocke l'ensemble à plat, au sec et à l'abri des chocs. Les carreaux cassés ne sont pas perdus : ils fournissent les coupes le long des murs.
Reposer sur un support sain
Un carreau de ciment ne pardonne pas un support qui bouge. Sur une dalle, on vérifie la planéité, la propreté et la sécheresse avant de coller. Sur un plancher en bois, on rigidifie d'abord, puis on pose une natte de désolidarisation, une fine couche qui absorbe les petits mouvements du support. Dans les zones mouillées, une étanchéité sous carrelage protège le plancher ; on évite toutefois de placer les carreaux anciens sous le jet direct de la douche.
La colle se choisit claire, pour ne pas teinter le carreau par transparence, et s'étale sur le support comme au dos du carreau. Avant le jointoiement, on applique une première imprégnation : sans elle, le coulis de joint pénètre la surface poreuse et la tache durablement. Les joints restent fins et de teinte neutre. Après la pose, on laisse l'ensemble sécher complètement avant le traitement définitif.
Imprégner et entretenir
Une fois secs, les carreaux reçoivent une imprégnation hydrofuge et oléofuge, qui pénètre les pores sans former de film et freine l'eau comme les corps gras. Certaines finitions traditionnelles associent huile de lin et cire ; dans une salle de bain, la cire supporte mal l'eau qui stagne et peut blanchir, d'où la préférence pour une imprégnation. Le traitement se renouvelle quand une goutte d'eau assombrit le carreau au lieu de perler.
L'entretien courant se fait à l'eau tiède, avec un savon doux ou un savon noir dilué, et une serpillière bien essorée. Les produits acides, l'eau de Javel et les poudres abrasives attaquent la couche colorée et la ternissent. Une tache de maquillage ou d'huile s'essuie tout de suite, avant de pénétrer. Un tapis de bain absorbant, posé devant la douche, évite que l'eau ne séjourne sur les carreaux.
Le calcaire de l'eau de Houlgate
Selon les analyses publiques du contrôle sanitaire, l'eau de Houlgate se situe de 31 à 32 °f suivant les réseaux, médianes des analyses d'août 2025 à août 2026. C'est une eau calcaire : les éclaboussures qui sèchent laissent des auréoles blanches, plus visibles sur les carreaux sombres. Le réflexe de les attaquer au vinaigre ou à l'anticalcaire est le pire possible, car l'acide ronge le ciment et efface les couleurs.
La prévention reste plus simple que la correction : essuyer les zones exposées, ventiler la pièce pour qu'elle sèche vite, garder les carreaux anciens hors de portée de la douche. Une auréole installée se traite avec un produit neutre et un peu de patience, ou par un nettoyage professionnel. Nous intervenons à Houlgate et dans les communes voisines, comme Dives-sur-Mer, Gonneville-sur-Mer et Auberville.
Questions fréquentes
Peut-on garder les carreaux en place pendant que l'on refait la plomberie ?
Souvent, si les nouvelles canalisations peuvent passer ailleurs : dans les murs, par le plafond du dessous ou dans un coffrage. Le sol est alors protégé pendant tout le chantier par des panneaux posés sur un feutre. Quand une traversée est inévitable, on dépose seulement la rangée concernée, numérotée, puis on la repose à l'identique.
Des carreaux ternis peuvent-ils retrouver leurs couleurs ?
Souvent, oui. Un décapage doux retire d'abord les cires et l'encrassement, qui assombrissent les motifs. Si la surface reste terne, un léger ponçage professionnel ravive les couleurs, mais il enlève un peu de la couche colorée : on le réserve aux carreaux en bon état et on l'essaie sur un carreau peu visible. L'imprégnation fixe ensuite le résultat.